L’amour « viritable »

Il est trop tard pour se souhaiter la Bonne Année.

C’est fini. C’est passé.

Il n’est pas trop tard pour qu’elle soit bonne, notre année, mais le 1er février, on n’a plus le droit de se souhaiter le vœu d’une bonne année. Même que demain, on célèbrera la chandeleur, la fête des lumières ou la reconnaissance de djézusss par Syméon à Jérusalem, pendant que Véronique, dans son bulletin météo à Tout un matin d’ICI Première, nous parlera de Willie la marmotte qui aura ou pas vu son ombre. Comme ça, on aura une idée de combien de temps encore, faudra-t-il se tenir au compte-goutte d’espoir que la pandémie finisse alors que nous vivons des jours déshydratés de relation humaine. L’humain est un animal social. Il se définit. Se distingue. Se raffine. Se caractérise. Se limite même aux limites des autres. Le regard de l’autre. Son sourire. Son parfum. Sa force. Sa faiblesse. Son territoire… Mais PAS par SON VIRUS! Faqu’euh… Y faut c’qui faut Willie, que tu oueilles ton ombre ou pas, que l’intérieur de nos bras souffre de gerçures par négligence de câlin, que nos joues s’assèchent par l’absence de la moiteur tendre des bisous, que nos lèvres se fendent en mille je t’aime à distance derrière nos masques qui retiennent le sang des mots j’en peux plus… J’ai hâte que ça finisse… J’ai besoin de vous… Nous tiendrons le coup! Ça va être plate en tabarnak, mais on va toffer. Parce que malgré tout, on est ensemble dans tout ça. Socialement. Confiné. Ensemble.

Bon. C’est sûr que l’Abitibi pis le Saguenay vont déconfiner la semaine prochaine-là, mais on est ensemble.

Bon. C’est sûr que y’en a qui disent des niaiseries comme «qu’y’a deux mondes au Québec : Montréal pis les régions», mais qu’est-ce tu veux? Si on avait à Montréal, un clot de vache, trois poulaillers pis un hectare de champ de blé d’inde entre deux maisons, mettons que nu’z’autres aussi, on pognerait moins vite la COVID. C’est pas le cas, on n’est pas prêt de sortir du bois’zerie d’origine de nos maisons de la grand’ville.

Bon. C’est sûr qu’y’en a qui vont continuer à chialer de ce qui est essentiel ou pas essentiel à acheter dans les magasins, en ligne, avec cueillette à la porte :

  • Une tuque, c’tu essentiel?
  • B’en oui, câlvasse, à -26 dehors au Québec, c’est essentiel!
  • Ouais mais, y me l’vende pas à pharmacie?!
  • B’en va au Dollarama.
  • Des lumières, c’tu essentiel?
  • B’en oui, voir dans le noir à quatre heures de l’après-midi, c’est essentiel.
  • Ouais mais, y me l’vende pas au Dollarama pendant que j’achète ma tuque?!
  • B’en va à pharmacie…

C’est trop tard pour la Bonne Année, mais comme c’est notre premier rendez-vous Café et Bas de laine 2021, j’extensionne la tradition et vous souhaite des jours à venir qui s’égrèneront d’un sablier de patience. Un jour à la fois, c’est tout ce que je demande, chantait mon père en ouvrant le Dépanneur Riopel à l’Épiphanie dans l’temps, le courage de vivre, d’aimer, d’être aimé, un jour à la fois. Quoi vous souhaiter de plus. Aimer.

Grâce à Louise Latraverse, il existe maintenant des t-shirts arborant le slogan L’amour CRISSE. Ça vient d’une réponse à la question posée par France Beaudoin à l’émission En direct de l’univers du 31 décembre dernier, alors que l’animatrice demandait à l’actrice : «Qu’est-ce que la pandémie ne pourra pas nous enlever?», c’est l’amour crisse, que madame Latraverse a répondu.

L’amour… Et ses mille et un visages.

Voilà… L’amour. Choisissez la face qu’il vous convient.

Je vous souhaite aussi la «viriti». VOTRE «viriti». Celle qui se trouve entre vos deux oreilles et qui sonne juste et bon. Parce que TOUT est fragile aujourd’hui. La science. L’histoire. L’art. La culture. Les droits. La liberté. L’identité. Et j’en passe… Alors que si je vous souhaite la combinaison de l’amour «viritable», je vous souhaite ce qu’il y a de plus solide et durable!!!!!!!!

C’est Hassan, notre chauffeur d’UBER, le soir de mon anniversaire qui nous a souhaité ces vœux :

  • Quel est votre nom monsieur?
  • Hassan.
  • Oh! Salam Aleykoum, qu’ajoute mon tendrépoux.
  • Aleykoum Salam, qu’Hassan répond, la voix-sourire doux et les épaules tombantes. Ça sent la maison, tout d’un coup, l’air est familier dans le taxi.
  • Comment vont les affaires, Hassan, en confinement?
  • La viriti madame? Ça va…
  • Occupé?
  • Non, mais ça va. Tranquille. La viriti madame, j’te jure…
  • À part la santé Hassan, qu’est-ce qu’on vous souhaite pour la nouvelle année?
  • «L’amour» madame. La viriti? L’amour…

De mon côté, cette longue absence entre nous, entre vos yeux et mes mots, la face de votre amour entre deux parenthèses, des points et des questions, fut motivée par un devoir de citoyenne qui a emprunté TOUT le temps de mon automne : j’étais jurée à la Cour supérieure.

Une expérience «ex-tra-OR-dit-nerfs», mais prenante.

Depuis, je me suis remise à l’écriture de mon roman.

Le confinement pour moi, est très salutaire. Nécessaire. J’habite mon petit bureau de création, j’écris. Il est mon refuge. Aussi romantique que le décrit Gabrielle Filteau-Chiba dans son roman Encabanée (à lire!!!). Elle, son refuge, c’est une cabane de chasseur mal isolée sur le bord de la rivière Kamouraska qui ne contient que quelques livres abandonnés et une cuisinière Bélanger. Elle y survit l’hiver pour mieux définir le mot féministe.

Moi, dans mon petit refuge, j’apprends à me délester de l’urgence de servir le monde, de le rendre meilleur, d’aider ou de me rendre utile pour m’accomplir. Je survis à la nécessité d’exister pour l’amour du monde dans le but de définir le mot écrivaine.

C’est très confrontant, je ne vous le cacherai pas, de me convaincre de la «valeur» de ce je suis ou ce que je fais, lorsqu’au bout d’une semaine de travail (de plaisir surtout), y’a pas de chèque de paie qui rentre dans mon compte qui donne de la valeur aux yeux de la société, qui justifie mon existence :

  • Heille Cathia! Salut…
  • Salut. Salut.
  • Quess’tu fais d’bon ces temsp-ci?
  • J’écris.
  • Ah… C’est tranquille…
  • Pas tout l’temps…
  • Tu travailles’tu à distance?
  • Non, non, j’écris…

J’écris en berçant mon gros ventre de femme écrivaine que je crème de jolis mots. Des mots hydratants. Des mots nourrissants pour la peau de mon histoire. Pour aller à l’essentiel. Pour pas qu’elle s’étire, qu’elle soit marquée de vergetures de détails inutiles. Un souci des mots aux petits soins. Je suis enceinte d’un roman. Dans une couple de mois, je sais pas lequel de nous deux naîtra en premier : moi, l’écrivaine, lui, l’objet de mon histoire. Un petit format de moi-même en papier fragile, aux odeurs de presse fraiche, d’imprimés délicats. Un petit livre qui aura ma voix, qu’on lira en m’entendant. Qui apprendra à marcher tout seul pendant que je lui ferai un petit frère, une petite sœur. Un livre qui aura la face tout crachée de mes mémoires. Les yeux de ma mère. Le nom de mon tendrépoux. Un livre qui parlera d’amour… La «viriti» et l’amour…

Les coins de solitude

Puis, par le fait même, tu t’attaches aux murs de ta maison, son odeur, ses bruits, ses craquements, ses silences, ses points de lumière, ses coins plus chauds, ses courants d’air… Et puis, tu trouves tes coins d’intimité, de recueillement, de ressourcement parce que même dans l’amour, la solitude est une bouffée d’oxygène; ton petit bureau, le pied du lit, le divan du séjour, la table de la salle à manger transformée en bureau de travail, le bain, le balcon, la chaise berçante, la cafetière… Et ton tendrépoux et toi formez un excellent balancier des humeurs; quand l’un a le moral en bas, il se donne un élan pour remonter, ne pas rester trop lourd pour l’autre, ne pas risquer de lui donner le vertige à force de nous regarder de haut…

Apprendre le détachement…

À vous, mes précieux abonné.e.s,

Je vous demande pardon pour les petites coquilles que je laisse derrière mes quelques relectures au moment de publier un article. Je les corrige éventuellement, mais les mises à jour de rendent pas une seconde fois jusqu’à votre boîte courriel… Merci, d’être là et indulgent.e.s à mon empressement s’appuyer sur «publier» pour vous rejoindre.

Ceci dit… Se révéler à soi-même…

Chronologiquement, ça commence par te lever un beau matin de printemps et avoir le temps de mettre la table, déplier une nappe fleurie de temps devant soi, placer les assiettes pleines de livres à lire, de pages blanches à écrire, et des verres de beau ( au lieu du lait) à boire au fil des saisons qui passent…

Et puis après, tu fais le ménage, pas que tu ne le savais pas que t’aimais l’ordre et l’esthétisme, et que tout ce que tu as accumulé depuis que tu cherches à te définir par ce que tu possèdes, en perdant peut-être un peu de vue, ce que tu es, finit par trouver un espace de rangement pour te donner le temps de te voir…

Faqu’euh tu vois que ça fait du bien d’être un peu seule avec toi-même. Que t’es de bonne compagnie. Que c’est pas confrontant d’être sa meilleure amie 💕, de compter sur soi, de se parler, se faire confiance. Tu constates que les relations humaines peuvent être culpabilisantes parfois… Par ma faute, uniquement, par besoin d’être aimée, considérer, par besoin de compter, avoir de la valeur aux yeux de l’autre… Que le fait de ne pas avoir le droit d’aller chez les gens, recevoir les gens à la maison 🏡, a quelque chose qui tire dans l’apprentissage du détachement…

Suite, demain….

Montée de «laid»

Se révéler à soi-même…

Je voulais me dévoiler pour qu’on rie ensemble, Ha! Ha!, mais je suis animée par l’entrevue de Mathieu Bock Coté, d’hier, à Tour le monde en parle… Faqu’euh, je surligne tous ses mots…

Froissement des sensibilités – Censure – Création de paria – Tendance lourde à la controverse – Suspension – Réseaux sociaux – Tribunal public – Exaspération – Multiplication des injures – Liste des théories des interdits – Hystérisation de la parole publique – Culture de l’auto-censure – Raser les murs pour ne pas se faire vomir dessus, des injures – Adhérence au cercle de la respectabilité – L’analyse des gens par des arguments olfactifs; il est sulfureux, elle est nauséabonde – on est’tu vraiment rendu-là – Le droit de citer le titre d’une œuvre littéraire de Pierre Vallières, Nègres blanc d’Amérique sans se faire traiter de raciste – Campagne de lynchage – La Loi 101 contribuerait au racisme systémique – chus raciste en viarge d’abord – L’anglicisation du Québec qui n’est pas grave qui serait un beau, beau, beau principe d’inclusion; mon cul, criss, si tu m’accueilles chez vous, la moindre des choses c’est que je vais apprendre les mots de ta langue pour te dire «merci»… Oh! J’en entends déjà dire: «Ouais, pis toué, tu sais’tu parler Premières Nations???» B’en c’est sûr que non, y’en a onze langues câlvasse!!! Pis quand mes ancêtres ont débarqué sur le territoire v’là 400 ans, parce qu’eux’z’autres aussi rêvaient d’un monde plus beau que la France pour leurs ambitions, qui rêvaient de nouvelles aventures, d’un monde plus grand, b’en y’z’ont peut-être appris la langue des peuples d’ici en arrivant, pour se débrouiller, mais y sont pas parfaits, pis la mémoire est une faculté qui oublie, faqu’ils ont oublié de nous transmettre leur savoir, mais je sais dire Tshinashkumitin en Innu ou Mikwetc en Atikamekw, c’est déjà un bon débutY’a AUCUNE raison de permettre l’anglicisation du Québec au nom de l’inclusion, ce serait de manipuler la bonne conscience plutôt que de préserver la culture identitaire des Québécois.es... – Être d’accord, n’être pas d’accord – Être woke = thème américanisé qui voudrait dire avoir une hypersensibilité envers le sort des minorités – Monopole du bien et du mal – on est’tu en train de créer vicieusement, au nom d’une «morale avancée», une secte civilisée de monde qui se dit «éveillé» dont leur seul but est de «confisquer la parole publique»? (entre guillemets; les mots de Mathieu Bock Coté) – Désaccord civilisé – Dany qui devrait carrément se taire, qui fait son baveux au nom de son propre égo, par sentiment probable d’infériorité quant à la maîtrise de l’art du discours de monsieur Bock Caron, une rhétorique éloquente – Réduction des individus à leur couleur de peau, même le «blanc» qui n’est même pas une couleur, mais un champ chromatique d’une forte intensité lumineuse qui est associé à un privilège – les francophones hors Québec, v’là une centaine d’années, dans les écoles, ce n’était pas à cause de la couleur de leur peau qu’ils se faisaient taper les doigts à coup de règle de bois, donner la strap ou se faire humilier, séquestrer, priver de nourriture, mais juste parce qu’ils parlaient français

Non, mais on peut’tu prendre notre osti’d’gaz égal!!!!!!!!!!!!

https://ici.radio-canada.ca/tele/tout-le-monde-en-parle/site/segments/entrevue/212491/guy-lepage-bock-cote-livre-controverse

Nous, on a le temps…

J’ai l’air de faire la tirade du regard au sourire masqué, absent ou soutenu des passants de la rue, mais il n’en demeure pas moins que ce que nous vivons tous, cette pandémie planétaire, à quelques degrés de mesure d’intensité différente, nous permet de se révéler à nous-mêmes. Les enseignant.e.s, les infirmier.e.s, les préposé.e.s, les commis d’épicerie, les facteur.trice.s, les médecins, et j’en passe, tous ceux et celles que papa Legault a longtemps surnommés les «anges gardiens» qui n’ont pas arrêté depuis le vendredi 13 mars dernier, qu’ils attendent encore les vacances de la construction pour prendre un p’tit break de rien, qui voudraient b’en pas s’en foutre de l’Halloween ou de Noël, mais y’ont pas l’temps d’chialer comme nous’z’autres parce qu’ils en ont plein l’masque des patients à brancher sur les machines respiratoires, les hospitalisations, les tests; les enfants en classe plus anxieux que jamais, qui ont six mois de retard dans leurs apprentissages pis qu’il faudrait tous les mettre au même niveau avant les Fêtes; les désinfectants pour les mains, la papier cul, la farine, le fromage bleu (!?) qu’il faut perpétuellement remettre sur les tablettes, recommander, refaire le facing, aviser le client d’une rupture de stock; les vieux dans les CHSLD à laver, rassurer, accompagner, changer les draps du lit de leur mort; tous ces «anges gardiens» quant à eux, n’ont probablement pas eu assez de temps pour se voir autrement que ce qu’ils ou elles ont toujours été à travers ce qu’ils ou elles faisaient depuis le début de leur carrière. Mais les autres comme moi, ou peut-être comme vous, les suspendus dociles de leur vie, t’sais les petits fantoches agités par les fils de l’incertitude de ce qui nous sera ou ne nous sera pas permis de vivre, de faire, d’être demain, manipulés par un ventriloque intérieur qui répète sans cesse ça va bien aller, ça va être toffe, mais on va passer à travers, b’en nous’z’autres, on a le temps de se révéler à nous-mêmes.

Tiens… On dévoile demain?… On va rire…

Passe-moué la puck pis j’vas compter des buts

On s’entend’tu pour dire que c’est pas comme si ça paraissait pas que je te faisais un show de Riverdance en souriant jusque dans le poil de mes sourcils. Que ce dit-passant détourne le regard, c’est de l’ignorance intentionnelle et c’est très violent. Je comprends que ça y tente peut-être pas d’être une Mère Thérésa des relations humaines, mais un petit hochement de tête n’a jamais causé de céphalée de tension à ce que je sache, câlvasse! Le genre de langage universel. Un p’tit hochement de tête d’une demi fraction de seconde qui dit: je-te-salue-je-t’ai-vu-la-preuve-que-t’existes-parce-qu’à-la-longue-c’est-plate-de-se-regarder-la-face-dans-le-miroir-de-nos-solitudes-faqu’euh-passe-une-belle-journée-là. Que tu me hoches la tête en anglais, en chinois, en arabe, en créole, c’est le même osti’d’hochement de tête universel!

L’ignorance intentionnelle déclenche instantanément de l’anxiété chez l’interlocuteur. Le cerveau, comme l’explique Guillaume Dulude dans son ouvrage (que je transpose ici, dans mes mots), en période d’éveil, est en perpétuelle quête d’apaisement! C’est comme si le flux d’information fourni par notre environnement était en permanence, une pratique des joueurs du Canadien au Complexe sportif Bell de Brossard. Tous les codes, les symboles captés par nos sens sont comme une série de puck que ton contexte environnemental te shoot dans le corps dans le but de t’informer d’un possible danger ou d’un agent rassurant. La job du cerveau, c’est de se prendre pour Carey Price dans une bonne saison. De jouer au gardien de but de ce qui passe ou passera pas comme information dans ton corps. Dépendamment de yousse qu’y’a arrêté les codes ou les symboles envoyés par ton environnement; son gant, sa mite, ses padds de genoux ou ses épaulettes, il va stratégiquement remettre la puck sur la glace pour que la partie continue à son avantage, que tous les joueurs qui constituent ton corps-équipe se mettent en place pour soit te faire fuir, figer, foncer ou flairer le bon du mal. C’est long une game de hockey, mais quand ton cerveau est din’buts, ça va vite en tabarnache!!

La nuit, Carey dort, c’est pour ça qu’on fait des cauchemars. Le gardien de nos pensées a retiré son accoutrement paddé, sa mite, son gant, son casque, ses épaulettes; le filet est désert. Y’a des tirs au but sans arrêt. Tout ce que notre cerveau avait retenu comme information, mais qui n’avait pas cru bon de nous le relayer dans le corps, nous rentre dedans. Sans compter l’insomnie qui se prend pour un coach de l’équipe des Timbits de St-Léonard pis qui nous force à patiner à trois heures du matin, sua’glace comme si on venait de boire huit cafés noirs pas d’sucre-pas-d’lait-pas-d’crème…!

…Parlant de café…. Y’é tard… Je vais aller m’en faire un avec toi…

À demain… Je t’aime.

En dansant, au pire

Y’a quand même du monde qui vivent des vies parallèles à la nôtre. Y sont comme assis, confortablement, dans des charrettes remplies de convictions tirées par un attelage d’idées biaisées qui ralentissent en esti l’trafic des ceuzes et celles qui souhaiteraient bien les dépasser sur ces chemins de société plutôt campagnards, balisés de clôture de principes. Pas besoin d’énumérer tout c’te monde-là dont je parle, qui finissent en «iste», ce ne sera pas nécessaire, le café va refroidir à perdre notre temps, je vous fais confiance, il vous vient certainement à l’instant, une anecdote d’un Ti-Jo Rinfret qui se complait dans ses petouffes en fantex tricotées serrées de ses pensées arriérées (et dire que le tricot revient à la mode). Je parle de ceux et celles que le regard dont on parlait hier, au-dessus de leur housse de protection du visage, au lieu d’être un dialogue qui pourrait désserrer l’étau de nos solitudes collectives, est un tombeau vide dans lequel nos bienveillances se meurent. Tu marches dans la rue, le sourire en élastique derrière ton masque, aussi étiré qu’une slackline entre deux érables, les joues gonflées comme les réserves gourmandes d’un gros hamster qui te remontent les pattes d’oie, plissées en accordéon, ton regard se met instantanément à giguer sur des rigodons de bonnes intentions, t’sais, c’est l’party de La Famille Soucy à Noël chez Isidore dans tes yeux, c’est clair, clair que tu dis, viens’t’en dude, que je te swing la compagnie en passant, le temps d’un regard qui veut dire Bonne journée toi’là, prends soin d’toué, ta santé au milieu, la patience autour, un p’tit crochet et on tape des mains… euh, on tape du coude…..», pis lui, le dude en «iste» au regard absent, il détourne les yeux…. Il «détourne» les yeux….

Le set carré tourne pas rond…

«En» silence

C’est là où le désir d’entrer en relation en silence devient très intéressant. Je dis bien entrer en communication «en» silence et non «par» le silence. Je crois que en et par sont deux marqueurs de relation complètement différents dans ce contexte de relation humaine. On peut essayer de communiquer par le silence et ne rien se dire, et on peut tout révéler à l’autre, ou comprendre l’autre, lorsqu’on se met dans un état de silence. «En» étant une préposition qui marque habituellement la position à l’intérieur d’un espace, d’un temps, d’un état. Être en silence peut nous faire dire ou entendre beaucoup de chose par le regard.

On vit une période de pandémie où il ne nous reste que ça à offrir; le regard. Le trois quart du visage caché par un masque, on vit nos vies d’un bureau à l’autre, d’une rangée d’épicerie au bon sens des flèches, d’un wagon de métro à moitié vide à la prochaine station en déambulant des regards au-dessus d’un rectangle de tissu fleuri, rayé, carreauté, picoté, étiré jusqu’aux oreilles. Avant, c’était facile de communiquer aux passants notre envie d’exister dans le monde par le sourire, mais là, il nous est donné le défi de se pratiquer à se parler, se rassurer, se dire qu’on n’est pas seul, se dire les uns aux autres, je te vois, je t’ai vu, je sais que tu existes, que tu comptes pour le monde, que tu as ta place, ta nécessité d’exister toi l’artiste, le propriétaire de bar, de resto, le musicien, le comédien, le chanteur, le serveur, l’hôtelier, et tous les autres que leur vie ne tienne qu’à un fil de ne plus se sentir utiles dans la société. Qui craignent l’incertitude d’un retour à la normale. Que le mot «normal» pour eux, pour elles, ravive trop de nostalgie. Et pour d’autres, trop de réclusions, de limites. Qu’on ne devrait plus jamais dire ce mot en «N», puisqu’il n’y a plus rien de normal, que c’est dépassé tout ça, que c’est trop restreignant, diminuant, contraignant.

Dire tous ces mots d’amour par le regard, en silence, n’ayant que nos battements de cils pour syntaxe et ponctuation….

Le café sul’poêle, je sais que je t’aime, toi qui me lit, viens, on va boire!

Transformer…

On a appris hier que Noël sera probablement «annulé» parce que ça ne va pas en s’améliorant, les cas de COVID, les hospitalisations pis les morts qui s’ajoutent à ça. Si tel est le cas, c’est vrai que c’est b’en maudit de ne pas pouvoir se rassembler autour d’une assiette pleine de pétates pilées, dinde farcie, gravy brun pis des p’tits pains fourrés en écoutant le minuit chrétien de Fernand Gignac, pour qu’ensuite on se fasse une p’tite game de Cranium ou de la dernière édition de l’Osti de jeu, rire, Ha!Ha! Boire un verre ou deux, pis finir par donner des cadeaux aux enfants qui les déballeront les uns après les autres, en vitesse, comme si c’était une chaine de production du bonheur de la consommation. Enwoueille, déballe tes cadeaux le kid, Noël, c’est pour les enfants, pis on va te montrer comme on t’aime en t’en donnant b’en plus qu’«UN» cadeau, pis des chers à part de ça, des consoles de jeux vidéo Xbox-Master-Trooper-Ultimate-Game-Pass-Gold-Live-Ps4-Commodor64, pis tu t’arrangeras avec tes troubles au retour des Fêtes, en classe, quand tu vas devoir expliquer à ton voisin de bureau qui lui a reçu une tuque, des mitaines pis un foulard tricotés par le Cercle des Fermières du Lac Drolet que le Peur Nouelle, y’a loadé sa carte de crédit su’ton cas, juste pour toué, pis qu’y’était trop pris à’gorge pour en donner pareil aux autres… Tout ça capté en mémoire au rythme des clics photos du cellulaire de ma’tante Karine pis mon’oncle Gilles sul’cloud de Google photo pour qu’un jour, quand tu croiras plus au Père Noël, tu les poursuivent en justice parce qu’ils auront publié ces photos-là sur leu’compte Instagram ou Facebook sans ton consentement…

Bon, je fais ma cynique parce que ça défoule, que ça m’amuse en buvant mon café ce matin, un peu déçue qu’on ne fêtera peut-être pas Noël, mais j’ai envie de prendre le temps, le temps d’une marche pour réfléchir à comment on pourrait transformer ce temps des Fêtes en quelque chose de positif, d’innovateur, de beau, malgré les circonstances. Je lis un livre ces jours-ci de Guillaume Dulude, Je suis un chercheur d’or: Les Mécanismes de la communication et des relations humaines. Le mec est neuropsychologue et anime l’émission Tribal, les jeudis soir. C’est notre nouveau rendez-vous télé à FJ et moi, on est scotché à l’écran fidèlement quand ça passe depuis trois semaines et c’est ô combien fascinant. L’animateur-chercheur débarque dans des tribus nomades, les dernières qui existent sur le globe semble-t-il et tente de tout simplement entrer en communication avec les membres de la tribu, parfois….. et c’est ce qui m’intrigue le plus, en «silence»!!!! J’ai des amis clowns thérapeutiques qui travaillent dans les hôpitaux pour enfants qui m’ont déjà expliqué que lorsqu’ils sont invités à rendre visite à un enfant malade, la première chose qu’ils doivent faire en entrant dans la chambre, c’est écouter le silence, ce qu’il a à dire, son énergie, son humeur, lire l’inquiétude dans les yeux des parents, la peur dans ceux de l’enfant et delà, en duo, démarrer une improvisation théâtrale qui saura transformer les couleurs de l’invisible……

Zut! J’ai tant à vous dire encore… Je dois aller réveiller la Charlotte et mon café est froid… À demain alors!

Calendrier de l’Avent, pis après

1er décembre aujourd’hui…

Comme les règles du quotidien changent de semaine en jour, d’heure en humeur, que nos vies rétrécissent, que nos activités se soustraient au compte des cas de COVID qui s’additionnent, que nos libertés se détendent dans des bains de «bulle», qu’il pleuve au lieu de neiger, que la magie de Noël sorte ses gros bras à coût de sets de lumières accrochés jusqu’à nos lacets de bottines pour nous remonter le moral, pour nous faire croire qu’on avance dans nos vies l’air lumineux, que notre capacité de partager, d’aider, de donner à ceux et celles qui sont dans le besoin, ça, ça change pas, que le concept qui sont dans le besoin lui, a changé, il englobe plus de monde cette année, un concept élargi, que c’est peut-être ton voisin, ta voisine, dans son beau condo, qui télétravaille en déprimant à un bon salaire, qui a le frigidaire b’en plein, de l’eau chaude, du chauffage, du linge, t’sais, qui a l’air de manquer de rien, mais qui aurait profondément besoin que tu ailles cogner à sa porte, en restant à deux mètres, loin de son entrée, sur sa galerie pis que tu lui demandes comment ça va, un vrai comment ça va, un qui te demande de faire une pause, le ou la regarder dans les yeux, l’écouter te répondre. Pis, je dis ça, ça peut aussi être ton marchand de légumes, le barista de ton café de quartier, le chauffeur d’autobus, t’sais, ceux et celles qui vivent en dehors de ta bulle… Faqu’euh… Comme c’est pas tout à fait pareil cette année, je vais changer les règles de mon engagement envers vous, mes chères lectrices et mes chers lecteurs, juste pour le mois décembre, je vais écrire et publier à tous les jours, comme un calendrier de l’Avent qui va continuer après Noël, pour se rendre jusqu’au Jour de l’An 2021. Tu me lis, tu me lis pas, c’est pas grave, moi, je m’impose… Non, tiens, je m’im«pause» d’écrire pour te demander à mon tour, comment ça va? Un vrai, un qui va t’écouter de mes yeux et que tes mots vont faire écho dans mes oreilles… Tous les jours, on se prendra notre Café en Bas de laine pour passer à travers ce qui reste de l’année 2020… Tu vas voir, y’a bien des choses qui ne changent pas… C’est p’t’être plate en tabarnak, mais on va toffer!

Bonne journée!

P.S. Quelqu’un chez vous a attrapé un Lutin en ce 1er décembre? Ou c’t’année, y sont toutes morts de la COVID?….. Maudit que ce serait plus simple….