Le premier mot, la première phrase

Je venais de replier la bande collante de l’enveloppe à bulle dans laquelle j’avais abrillé mon premier manuscrit. Je l’avais couvert d’une lettre de présentation bourrée de chaleur humaine et d’authenticité, mince protection pour un minimum de confort lors de sa traversée de l’océan. Il allait y passer quelques jours, quelques semaines, dans la soute à bagages frette d’un avion anonyme. On croira en un corps mort qui repose à la morgue en attendant d’être réclamé par la famille. Une dépouille de mots sur des bouts de linceul de papier blanc. Si les maisons d’édition ne le reconnaissent pas, après un temps, il finira dans la fosse commune de tous les fonds de tiroir des écrivains ou dans un laboratoire scientifique de la famille Proust qui travaille à la recherche du temps perdu.

Et puis après il faut attendre une réponse qui viendra peut-être dans deux ou trois mois, minimum. C’est long pour le pigeon de faire le chemin inverse, vers l’est, pour me livrer un aussi précieux message. D’abord, il lui faut traverser la ville et les gratte-ciels d’auteurs, d’autrices, tous ceux qu’on appelle les incontournables, qu’on élève toujours plus haut au sommet de leur gloire. Et avec raison, précise-je. C’est bien malgré eux s’ils font de l’ombre aux antres de nous, les auteurs et autrices inconnus, qui chauffent le dehors d’un feu de passion, le cœur tout grand ouvert, les portes même pas barrées. Que dire aussi de ces envolées de prix littéraires qui migrent toujours vers les plages de la renommée où se trouvent les plus grandes vagues.

En attendant qu’il arrive, il faut se donner un sens à notre existence, se trouver des raisons d’être sur terre, se demander à quoi ça sert d’écrire si on n’est pas lu, qu’il est de velours le manteau d’écrivain, mais pas toujours confortable. Trouver le courage de croire en soi, en son talent, croire qu’on va réussir… Et puis avoir le courage de ne pas s’arrêter là. Serge Bouchard écrivait – c’est bizarre de conjuguer le verbe au passé – en prenant Un Café avec Marie : « Le courage (…) C’est l’écrivaine qui rédige la première ligne d’un long roman, anticipant l’angoisse, la fatigue, les découragements. Ce sont les petits matins, les longues soirées, les nuits d’insomnie. C’est l’effort de faire le premier pas, d’écrire le premier mot, la première phrase. »

Le premier mot, la première phrase

Le premier mot, la première phrase

Le premier mot, la première phrase

C’était comme si j’étais ligotée par un fil du temps qui doit défiler dans l’ordre des choses. Attendre une réponse d’abord, un oui ou un non, préférablement un oui, mais au moins avec un non, tu ne restes pas prisonnière de l’attente. Tu sais à quoi t’attendre. Tu vois clair dans la suite des choses, dans la prochaine étape, what’s next!

J’admire les artistes qui n’ont pas de « plan B ». Ils peignent. Ils dansent. Ils chantent. Ils composent par besoin, par nécessité, pour gagner leur vie, parce qu’ils ne savent pas faire autrement, qu’ils ne savent pas faire autre chose et que faire autrement ne fait pas de sens pour eux, faire autrement leur fait mal. J’adore l’expression qu’ils utilisent parfois, dans des entrevues, en réponse à la question pourquoi. Pourquoi vous chantez? Pourquoi vous dansez? Pourquoi vous jouez au théâtre? Et ils répondent parce que je ne sais rien faire d’autre. Écrire pour moi, c’est comme ce qu’explique Christian Bobin dans La nuit du cœur : « Est-ce qu’un nuage travaille? Est-ce que le rouge-gorge, quand il bombe son petit gilet rouge, travaille? Est-ce que le chat, quand il dort enroulé en mandala sur lui-même, travaille? Peut-être. Écrire pour moi est un travail de ce genre-là. » Je sais faire plein d’autres choses, mais écrire c’est comme me bercer dans une chaise berçante sur le bord d’un feu de bois, des bas de laine aux pieds, un café chaud dans une belle tasse en céramique d’une main et un livre de l’autre. Grosse différence entre écrire et être écrivaine.

Alors j’ai demandé à ma belle-mère Josèphe, de me permettre de m’installer au chalet à St-Adolphe-d’Howard, toute seule, le temps d’une semaine, pour trouver le courage d’un premier mot, une première phrase, d’un deuxième roman avant l’arrivée du pigeon voyageur. Elle a accepté.

C’est un petit chalet blanc aux volets verts au bout d’une allée en « L » à l’envers de cèdres, de bouleaux et de sapin baumier. Déjà, l’apaisement d’un modèle du vivre ensemble malgré nos différences se ressent à l’entrée du chemin. Au centre des deux traces usées des pneus de voiture, s’élève une petite muraille de Chine bleue remplie de myosotis des bois. C’est rare que j’dis ça, mais je préfère leur nom anglais Forget-Me-Not. C’est tellement romantique. On s’imagine la scène d’un preux chevalier tombant dans une rivière emporté par le courant et qu’une seconde avant de tomber, il avait offert un bouquet de fleurs à sa douce en hurlant de ne pas l’oublier.  

Une fois qu’on pousse la porte, on recule cinquante ans en arrière, lorsque Jean-Pierre avait conduit Josèphe pour la première fois, dans sa voiture rouge, pour lui faire découvrir l’endroit, aller à la pêche, voir se coucher le soleil et lui voler un baiser sur le quai. Je pouvais entendre les jumeaux, FJ et sa sœur, s’exclamer qu’il est beau l’escargot qui traine son condo sur son dos, que le chant du huard qui fait des bonds d’écho sur le lac la nuit est une musique cent fois plus douce qu’un prélude de Chopin et que dire des poissons que leur père pêchait et qu’ils se faisaient une joie de les nettoyer.    

Je me suis installée dans cette extension du passé pour écrire aujourd’hui, ce que demain quelqu’un lira. J’allais d’un café sur le rond de poêle à une saucette revigorante dans l’eau printanière du lac, de la caresse d’un tronc d’arbre à une jasette avec Ti-Gus et Olive que je n’ai jamais vus, mais bien entendus grignoter je n’sais quoi, derrière le faux foyer électrique. Bernard, le canard, est venu faire son tour un matin, sur le bord du quai, à 5º degrés de froidure, comme si novembre se couchait sur le lit de mai, sans son consentement. Cette fois-là, je n’ai pas sauté à l’eau. Quand même… Et puis il y a eu cette nuit où les vents étaient tellement violents que ma tête en faisait une tempête; chaque craquement des cimes des arbres sonnait comme une portière d’auto qui se referme, je me suis mise à imaginer les pires attaques, que quelqu’un – un homme, on va se l’dire – venait de débarquer dans ma cachette, une vraie scène de Psychose d’Alfred Hitchcock version John Carpenter. Et les vagues qui n’en finissaient plus de rouler sur elles-mêmes comme si elles montaient jusqu’à ma fenêtre du deuxième, puis le ponton du voisin qui frappait le quai, on aurait dit un soldat qui cogne sur une grosse caisse dans la fanfare de la garde d’honneur… Jusqu’au lendemain où enfin, j’ai écrit… un premier mot, une première phrase. Le « livre-2 »est bien commencé pour mon projet de triptyque, et lorsque j’écris, je ne voudrais être nulle ailleurs que dans l’acte d’écrire. Peu importe, où je suis, qui je suis, où je vais et ce que je ferai demain… Mon bon ami Marc Lincourt, artiste comme je les aime, qui répondrait à la question pourquoi, qu’il ne sait rien faire d’autre que d’être artiste, me dirait : « Ferme ta yeule, assis-toi, pis écris! »

De retour dans mon petit bureau aux parfums de patchouli et de rose, les rires des enfants qui roulent sur eux-mêmes et montent à ma fenêtre, en attendant l’arrivée du pigeon, j’écris…

C’est le mois de Marie

Quand arrivait le mois de mai, ma mère chantait toujours, non pas la-la-la, mais plutôt : « C’est le mois de Mari-i-euh, c’est le mois le plus beau, à la vierge chérie-euh, disons ce chant nouveau… » Le genre de chanson plate qui te rentre dedans comme un boulon king size fait exprès pour te stretcher le lobe d’oreille et que, même si t’essaies de te l’enlever de la tête, elle laisse des marques. Je ne peux donc pas m’empêcher de refredonner ce cantique religieux que les canadien.ne.s français.es chantaient traditionnellement dans leu’paroisse, à tous les mois de mai de chaque année.

Plus particulièrement aujourd’hui, je me demande ce qui est advenu de Marie. De sa vie?  J’ai tourné le dos à la religion catholique il y a de cela plus de trente ans, voyant tout le mal – beaucoup plus que le bien – qu’elle provoquait sur le monde. Je ne suis pas officiellement apostasiée parce que je ne veux pas m’embarquer dans de la bureaucratie papale, mais dans mon for intérieur, je le suis. La seule figure religieuse qui m’intrigue – m’intriguera longtemps – encore, c’est Marie. Elle demeure une femme – ou un mythe – de l’histoire sans réponse pour moi, à de nombreuses questions.

Lorsque pour des raisons d’esthétisme et de beauté architecturale, d’odeurs d’encens et de vieilles caves humides, je me pointe dans une église, je me dirige toujours vers le présentoir des lampions qui se trouve sous « la » statue de Marie. J’en allume un pour la santé de la famille et la patience d’être une bonne mère. Je prends le temps de regarder ce visage de plâtre, son teint Ivory, si jeune, angélique, douce, renoncée, généreuse. Je me demande ce qu’on sait de son histoire d’amour avec Joseph? Après la mort d’un enfant habituellement, les couples se dissolvent, s’effritent, se brisent. Ont-ils tenu le coup? Ont-ils été assez forts pour passer à travers l’incohésion de mettre en terre, le fils du père qui vit au ciel? Pourquoi ne pas l’avoir «encielé» dans le caveaux familiale? Dans le lot du cimetière céleste? À côté du st-esprit et de quelques poussières d’étoiles? A-t-elle même survécu à sa peine? A-t-elle refait sa vie avec un autre? Qui? Judas? S’il a été capable de vendre le fils, il aurait pu se payer la mère. Et que sait-on de la mort de Marie? C’est dommage qu’on lui ait accordé la gloire et les honneurs de jouer un rôle aussi important dans ce grand classique de l’histoire du monde et de son théâtre, plus grand encore que Cyrano de Bergerac, Le Cid, Antigone ou Macbeth et que personne ne connaisse la fin de sa tragédie.

A-t-elle connu un iota du bonheur d’être une femme et pas qu’une mère? Ouais parce qu’être une femme dans ce temps-là, c’était pas si pire, pas besoin d’avoir peur de se faire agresser dans une ruelle tard, le soir, Marie vivait dans une étable perdue en plein milieu d’un champ de Bethléem, y’a pas un agresseur qui aurait eu envie de perdre son temps là. Aucun groupe ou mouvement social n’avait à prendre part à la lutte pour l’équité salariale entre les hommes et les femmes, c’était tellement facile mettre du beurre sua’table, jésus changeait l’eau en vin pis les roches en pain. C’est pas tu’suite qu’on aurait placé le mot « féminicide » dans les rouleaux de papyrus des philosophes, Joseph était charpentier, la seule chose sur laquelle il cognait à grands coups de masse c’était sur la tête des clous. Même la fois où Marie-Madeleine aurait pu y passer, se faire lapider sur la place publique, coupable d’un désir pour un autre homme, jésus est intervenu dans toute sa splendeur héroïque en remettant tout l’monde à leur place : que celui – oui, parce que c’était toute une bande d’hommes enragés – qui n’a jamais péché lui jette la première pierre… Et pouf! Tout le monde a disparu d’une shot. Rentré chacun chez eux. Kin’toué! God job djézusss! Facile de même. Dommage que cette formule magique n’ait plus aucun pouvoir aujourd’hui sur les multiples formes de jugements à l’égard d’autrui, de sa différence, dans toutes les sphères de notre société.

Qu’en était-il de ces petits plaisirs de femme à fouiller dans les garde-robes de sa cousine Élizabeth, lui emprunter ses sandales de gladiateur et ses robes à taille empire pour faire changement de ses sempiternelles djellabas bleues poudre et son voile blanc brodé de fil d’or? Boire du vin comme de l’eau puisqu’il coulait à flots, finir un peu pompette dans une soirée de danse du ventre étendue sur les méridiennes du salon des Rois mages à écouter Marie-Madeleine raconter ses histoires de cul? Papillonner avec Pierre, Jean, Jacques, et le reste des apôtres, pour le fun, rien de sérieux, pour jouer le jeu de la séduction, sans transgresser les limites, entre adultes consentants, parce que séduire est un pouvoir que tout homme et femme aiment bien maîtriser, sans se livrer, ni s’abandonner, parce qu’ils se sentent vivants, comme un feu de camp qu’on entretient pour ne pas qu’il s’éteigne, qu’on s’en approche pour se réchauffer, sans y toucher pour ne pas se brûler. La séduction peut rendre la vue aux aveugles sans imposer les mains, cracher dans les yeux ou faire une pommade miracle avec de la bouette.

Pauvre Marie mère de dieu, quelle tristesse si sa vie n’a servi qu’à se fendre le corps, se déchirer la chair d’un orifice à l’autre, se disloquer le bassin pour laisser passer le p’tit christ et ses frêles épaules qui allaient porter tout le sort du monde, pendant des siècles et des siècles. Et que dire des nuits de veille, des fuites urinaires, des descentes de vessie, des mamelons gercés par l’allaitement, les couches de saint suaire à laver dans l’abreuvoir du bœuf et de l’âne, parce jésus avait peut-être trouvé le truc pour changer l’eau en vin, mais pas l’inverse, l’eau était rare, et puis la charge mentale, la fatigue, le post-partum, l’absence de libido, l’inquiétude… Comment pouvait-elle vivre sainement, en sachant que c’était prévisible, que son enfant allait mourir pour le salut du monde, nos péchés et le pardon des dudes qui avaient soif dans ce temps-là, de pouvoir et de « libâaarté »?

Et les traits de sa jeunesse sur le visage des statues, des icônes, des peintures religieuses, a-t-elle vécu assez longtemps pour connaître le privilège de vieillir? De connaître tous les changements hormonaux, les transformations du corps et cet amour de soi à entretenir tout au long des étapes de notre évolution? Ah! Oui, parce que ça en prend de l’amour de soi à une femme, pour accepter qu’en l’espace de quelques mois, son derrière, comme deux miches de pain lisses et fermes, devienne un appui-tête de voyage en forme de «U», mou, pendant, déformé par un manque flagrant de rembourrure; son petit ventre rond d’hier, qu’elle excusait sous prétexte d’une courbe lombaire prononcée, devienne une bouée gonflable qui fait tout le tour de la taille, comme les gros tubes noirs des glissades d’eau à Piedmont dans laquelle la jeunesse a dérapé pis que la vieillesse déguisé en lifegard, s’amuse à la regarder se noyer, victorieuse, assise sans rien faire sur le bord de mes bourrelets… Euh! J’veux dire, les bourrelets de la femme en général. D’accepter qu’elle n’a plus besoin de flotteurs, elle a du gras de bye-bye; que la peau du visage s’affaisse comme si ses humeurs pesaient 400lbs; que ses petites rides de sagesses inoffensives deviennent des canaux de Venise; qu’elle passe de la grâce d’une étoile de mer à la rondeur des oursins et que ceux-ci ne font jamais parti de la sélection naturelle des cueilleurs de coquillages à la plage. On cherche les bigorneaux, les coquilles St-Jacques, les pétoncles, les bulots, les huîtres, mais pas les oursins. Je soupçonne même qu’il arrive un moment dans la vie d’une femme où les viscères complotent entre eux, lorsque la vieillesse s’installe sur son transat de vie, ils se disent : « Tiens! La vieille, elle n’aura plus d’enfant, faqu’euh on peut se relâcher les gars, slacker pour un boute, s’étendre, pu besoin de se contenir, lets’go! On se prend trois trous de ceinture de plus de tours de taille! » Et que dire des fringales soudaines de sucre! L’envie de donner des leçons à la p’tite caissière du Provigo. Les bouffées de chaleur, la tristesse injustifiable, les doutes, les questionnements… Bref!

Sainte Marie, bénie entre toutes les femmes – pour ce que ça vaut, t’as été choisie parmi nous toutes pour scraper ta jeunesse pis finir fille-mère – je me demande en ce 1er jour de mai, si au moins tu as été heureuse? Tu ne souris jamais sur les photos, les sculptures, les peintures… Si jamais tu nous envie de là où tu te trouves, simplement parce qu’on est en vie, sache que le muguet est joli aujourd’hui, entre le ciel et la terre.

Tout juste hier, je rangeais mes bottes d’hiver

C’est le 1er du mois, le jour précieux de nos retrouvailles mensuelles.

Je me suis levée tôt, comme d’habitude, pour être à l’heure.

Écrire, réviser, corriger et publier un petit rien tout neuf!

Rien d’extraordinaire, des rimes faciles et fonctionnelles.

De quoi me délier les doigts et réchauffer mon clavier d’ordinateur.

Comme dirait l’autre : « Elle est disciplinée la meuf! »

À l’heure où j’écris, il neige… Et ce n’est pas un poisson d’avril!

Tout juste hier, j’allais installer mes meubles de balcon pour l’été.

Je marchais dans la rue, le manteau détaché, sans bottes d’hiver.

Et voilà qu’il neige de généreuses pincées de sel sur la ville.

C’est le printemps québécois, la saison pas capable de s’brancher!

Maudite saison de pluie, de gadoue, de slush, de poussière…

Aviez-vous remarqué qu’aucun de mes Café et Bas de laine parle du printemps?

J’ai rendu hommage à l’été, à l’automne bien sûr, c’est ma saison préférée.

Pour ce qui est de l’hiver, j’ai effleuré le sujet un tant soit peu, dans la prose.

La raison est bien simple, le printemps m’irrite profondément!

Son odeur de crotte de chien sur les trottoirs décongelés,

De bouette, de pisse, de compost, de déchet qui se juxtaposent!

OK! OK! J’aime le ménage du printemps!

Laver les fenêtres, dépoussiérer les lustres, nettoyer le plancher,

Faire le tri des vêtements, aller les porter au comptoir familial.

Vous me connaissez, j’adoooooore l’ordre et le rangement.

Que ça sente bon dans la maison, le citron, le sapin baumier,

Ou de ces odeurs d’encens de l’Inde, un baume floral…

J’éprouve tout de même une vive aversion pour cette supposée belle saison.

Je suis de ceux et celles qui se réjouissent du premier 20°degré dehors!

Qui cherchent les terrasses au soleil et les pichets de Sangria.

Qui se promènent en gougoune, nu pieds, sans chausson.

Qui rangent les pulls de laine, les manteaux, les foulards

Dans des bacsen plastique identifiés au nom de Cathia.

Bon… C’est vrai que des fois, je me retrouve un peu mal prise

Lorsqu’une prévisible tempête nous tombe dessus.

Mais comme j’ai la tête dure, si j’ai à sortir,

Je superpose des couches de vestes ou de chemises,

Les bas, les pantalons longs sont les bienvenus,

Enfin, tout ce qui puisse bien me couvrir.

Et je sors! Sans orgueil et préjugé

Envers l’autre qui avait la tête plus dure que la mienne…

Et qui est sorti pareil, en bermuda à motifs hawaïens,

Les jambes complètement dénudées,

La chair de poule droite comme des soldats de l’armée canadienne,

Pour aller se chercher son petit café quotidien.

Respect pour le monde qui a des principes!

Des petites promesses qu’on se fait à nous-mêmes

Une façon de tenir tête à notre propre paresse intellectuelle…

Ça ne prend pas grand-chose pour qu’on s’émancipe.

Quelques lignes qui ressemblent à un poème.

En attendant que tu me donnes de tes nouvelles.

Bonne fin de semaine de congé!

Persévérance

Touchdown confirmed! – C’était le touchdown le plus émouvant que je puisse témoigner – Perseverance is safely on the surface of Mars, ready to begin seeking the signs of past life! Je me suis tournée vers mon tendrépoux assis sur le divan, les yeux rivés sur un rectangle de monde qui applaudissent dans un studio de la NASA. Ma face en kilim tissé de plaques rouges pis les yeux comme deux barils pleins d’eau d’pluie le supplient :

  • Refais’lé jouer c’te moment-là!
  • B’en on l’a d’jà vu…
  • Refais’lé jouer pareil!

(…) ready to begin seeking the signs of past life!… Je suis profondément émue et dubitative à la fois. Un savoureux smoothie de doutes qui déborde. Plein d’émotions renversées. Un gros dégât d’eau sur les joues. Tout ceci me dépasse. En fait, tout ce qui touche l’astronomie m’intimide. Autant où je trouve que les astronomes sont profondément poétiques d’entretenir une passion aussi ardente pour les étoiles, autant où c’est un champ de connaissance de l’amour que j’ignore. Petite, je croyais que les astronautes étaient des extraterrestres en-soi. Quelque chose d’inaccessible. Qui existe que sur une autre planète. Que si tu y crois. Que ce n’est pas une profession – en tout cas, par pour une femme – une carrière, pas même une vocation, mais un fantôme qui apparait à l’écran de la télévision. Un scaphandrier blanc qui flotte dans l’espace, sans visage, la face cachée de la lune sur le reflet de sa visière.

Je crois qu’ils me font un peu peur ces astronomes. J’ai peut-être peur qu’ils me volent le pouvoir de m’émerveiller. Qu’ils me dévoilent le secret derrière le tour de magie que fait «une» étoile filante pour apparaître et disparaître aussi rapidement du chapeau du ciel. Une étoile que je nommerai Pauline dans la courte histoire de sa vie. Je crains que les astronomes ne soient pas d’accord avec ma théorie proposant l’hypothèse que Pauline, mon étoile filante, est nulle autre qu’une mariée indignée, pressée de fuir son Phoebus, le soir des noces, alors qu’elle vient d’apprendre qu’il brille à gauche et à droite, qu’il a des milliards de maitresses qui gravitent autour de lui, qu’elles lui tournent autour pour le séduire, des amantes de passage comme Pauline, qui s’enfuiront furieuses, se perdre dans un trou noir pour aimer ce soleil à des lunes de distances. Pauline apprendra la compersion, c’est à la mode des polyamoureux. Elle se réjouira du bonheur de Phoebus. Elle acceptera sans jalousie qu’il aille briller ailleurs sans qu’elle-même ne s’éteigne. De toute façon, elle a compris qu’il vaut mieux aimer ce soleil de loin. Il est très narcissique et égocentrique à la longue. Et de trop près, son amour brûlerait…

Je ne voudrais pas que la science me convainc que dans sa course, ce qui poursuit Pauline, cette jolie traine crochetée de poussière de dentelle blanche, n’est en fait, qu’un vulgaire gaz lumineux. Je persiste à croire que la science est poétique.

Comment peut-on persévérer autant à développer des technologies de pointe, des robots en forme de Jeep high tech qui seront parachutés sur un désert extraterrestre pour chercher l’existence de la vie d’avant lorsqu’on a du mal à vivre aujourd’hui? Je ne comprends pas l’intérêt…

  • Par curiosité, mon amour! La CURIOSITÉ!! que mon tendrépoux – scientifique et très poétique – me réplique.
  • T’as pas envie de savoir qu’on n’est pas seul dans l’univers?

Euhh….. En pleine mouvance de décolonisation des pouvoirs et des savoirs, où tout est susceptible de fragiliser la construction identitaire des terriens – particulièrement, les occidentaux riches, à mon avis – ou la réappropriation de la culture?! Euh…. Perso? Pas tant qu’ça. Chus pas pressée. Mettons que ça ne me tente pas vraiment de savoir qui d’autre dans l’monde, on aurait pu, par le passé, avoir offensé! Piller. Volé. Exterminé. Que je ne suis pas sûre de vouloir savoir qu’on aurait aspiré tous les vents d’oxygène possibles sur Mars pour s’en faire un ballon d’atmosphère sur la terre, rempli d’air propre, pour que des millions d’années après, y soit saturé de smog, de pet de vache pis de mauvaise haleine des riches.

A-t-on vraiment fait l’tour de tous les coins ronds de la Terre, pour vouloir coloniser Mars?

Tout juste hier, on s’est rendu au Cinéma du Musée – enfin, on a l’droit – pour voir le film Errance sans retour, d’Olivier Higgins et Mélanie Carrier. Un film québécois d’une infinie beauté montrée à l’écran de la désolation qui parcourt le labyrinthe du camp de réfugiés de Kutupalong, au Bangladesh. Le plus grand camp de réfugiés du monde qui abritent plus de 600 000 Rohingyas.

C’est profondément troublant – choquant même – de penser qu’au moment où ces musulmans – et ce n’est qu’un seul exemple – ayant fui leur pays, massivement, pour échapper aux violences perpétrées par l’armée birmane, vivent dans l’attente d’exister, d’appartenir au monde, simplement, avec leurs croyances, que la première phrase du film c’est : « Mon nom est Kalam, mon nom de famille n’a pas d’importance » pendant qu’ici, il y a Sabrina qui veut qu’on l’appelle Ali, désormais, se sent.e blessé.e si on n’utilise pas le bon pronom personnel quand on s’adresse à iel. Qu’on ne devrait pas supposer que cette personne s’identifie à une femme ou à un homme pour toutes sortes de bonnes raisons évidentes. Qu’iel veut cocher autre dans le questionnaire… Parce qu’iel a le luxe dans notre société de droits, de le faire. Ô que j’me demande si les Rohingyas – et ce n’est qu’un exemple – ont le luxe de se poser ses questions-là? Est-ce qu’ils peuvent se permettent d’être « blessés » par ça? C’est vrai que la souffrance ne se mesure pas. C’est vrai aussi qu’on ne devrait pas se comparer aux autres pour amoindrir les blessures, puisque nous ne sommes pas les autres. Je me demande. Est-ce un petit caprice de nos droits et libertés? N’ayant plus personne à dominer, nous les occidentaux, qu’on s’est lassé trop vite d’exploiter le monde, la terre et ses ressources, qu’on s’en prenne à l’identité humaine d’homme et de femme pour se sentir plus grand que la nature, plus grand que la biologie? Pis de jouer la carte de la supériorité morale en faisant sentir l’autre inadéquat lorsqu’il s’adresse maladroitement à nous, dans le mauvais genre?! La non-binarité. Le gender fluid. Je me demande c’est quoi le but de cette bataille?

À la naissance, qu’on le veuille ou non, être d’accord ou pas avec la construction des genres, le docteur à l’arrivée du bébé continuera à s’exclamer avec joie : « C’est un garçon!» ou « C’est une fille!», pour des raisons évidentes, une référence de l’anatomie humaine. Après, on fera ce qu’on voudra de notre identité et ce sera notre choix. Et ce n’est pas par manque d’ouverture d’esprit ou l’empathie que le monde entier ne s’est pas adapté à nos choix… C’est par manque de trigger warning.

En tout cas… Ça va prendre un shit load de Perseverance à quatre roues motrices pour ne pas marcher sur des œufs, quand viendra le temps de vivre des relations interpersonnelles à la sortie de la pandémie and to begin seeking the signs of past life d’homme et de femme sur la terre.

L’amour « viritable »

Il est trop tard pour se souhaiter la Bonne Année.

C’est fini. C’est passé.

Il n’est pas trop tard pour qu’elle soit bonne, notre année, mais le 1er février, on n’a plus le droit de se souhaiter le vœu d’une bonne année. Même que demain, on célèbrera la chandeleur, la fête des lumières ou la reconnaissance de djézusss par Syméon à Jérusalem, pendant que Véronique, dans son bulletin météo à Tout un matin d’ICI Première, nous parlera de Willie la marmotte qui aura ou pas vu son ombre. Comme ça, on aura une idée de combien de temps encore, faudra-t-il se tenir au compte-goutte d’espoir que la pandémie finisse alors que nous vivons des jours déshydratés de relation humaine. L’humain est un animal social. Il se définit. Se distingue. Se raffine. Se caractérise. Se limite même aux limites des autres. Le regard de l’autre. Son sourire. Son parfum. Sa force. Sa faiblesse. Son territoire… Mais PAS par SON VIRUS! Faqu’euh… Y faut c’qui faut Willie, que tu oueilles ton ombre ou pas, que l’intérieur de nos bras souffre de gerçures par négligence de câlin, que nos joues s’assèchent par l’absence de la moiteur tendre des bisous, que nos lèvres se fendent en mille je t’aime à distance derrière nos masques qui retiennent le sang des mots j’en peux plus… J’ai hâte que ça finisse… J’ai besoin de vous… Nous tiendrons le coup! Ça va être plate en tabarnak, mais on va toffer. Parce que malgré tout, on est ensemble dans tout ça. Socialement. Confiné. Ensemble.

Bon. C’est sûr que l’Abitibi pis le Saguenay vont déconfiner la semaine prochaine-là, mais on est ensemble.

Bon. C’est sûr que y’en a qui disent des niaiseries comme «qu’y’a deux mondes au Québec : Montréal pis les régions», mais qu’est-ce tu veux? Si on avait à Montréal, un clot de vache, trois poulaillers pis un hectare de champ de blé d’inde entre deux maisons, mettons que nu’z’autres aussi, on pognerait moins vite la COVID. C’est pas le cas, on n’est pas prêt de sortir du bois’zerie d’origine de nos maisons de la grand’ville.

Bon. C’est sûr qu’y’en a qui vont continuer à chialer de ce qui est essentiel ou pas essentiel à acheter dans les magasins, en ligne, avec cueillette à la porte :

  • Une tuque, c’tu essentiel?
  • B’en oui, câlvasse, à -26 dehors au Québec, c’est essentiel!
  • Ouais mais, y me l’vende pas à pharmacie?!
  • B’en va au Dollarama.
  • Des lumières, c’tu essentiel?
  • B’en oui, voir dans le noir à quatre heures de l’après-midi, c’est essentiel.
  • Ouais mais, y me l’vende pas au Dollarama pendant que j’achète ma tuque?!
  • B’en va à pharmacie…

C’est trop tard pour la Bonne Année, mais comme c’est notre premier rendez-vous Café et Bas de laine 2021, j’extensionne la tradition et vous souhaite des jours à venir qui s’égrèneront d’un sablier de patience. Un jour à la fois, c’est tout ce que je demande, chantait mon père en ouvrant le Dépanneur Riopel à l’Épiphanie dans l’temps, le courage de vivre, d’aimer, d’être aimé, un jour à la fois. Quoi vous souhaiter de plus. Aimer.

Grâce à Louise Latraverse, il existe maintenant des t-shirts arborant le slogan L’amour CRISSE. Ça vient d’une réponse à la question posée par France Beaudoin à l’émission En direct de l’univers du 31 décembre dernier, alors que l’animatrice demandait à l’actrice : «Qu’est-ce que la pandémie ne pourra pas nous enlever?», c’est l’amour crisse, que madame Latraverse a répondu.

L’amour… Et ses mille et un visages.

Voilà… L’amour. Choisissez la face qu’il vous convient.

Je vous souhaite aussi la «viriti». VOTRE «viriti». Celle qui se trouve entre vos deux oreilles et qui sonne juste et bon. Parce que TOUT est fragile aujourd’hui. La science. L’histoire. L’art. La culture. Les droits. La liberté. L’identité. Et j’en passe… Alors que si je vous souhaite la combinaison de l’amour «viritable», je vous souhaite ce qu’il y a de plus solide et durable!!!!!!!!

C’est Hassan, notre chauffeur d’UBER, le soir de mon anniversaire qui nous a souhaité ces vœux :

  • Quel est votre nom monsieur?
  • Hassan.
  • Oh! Salam Aleykoum, qu’ajoute mon tendrépoux.
  • Aleykoum Salam, qu’Hassan répond, la voix-sourire doux et les épaules tombantes. Ça sent la maison, tout d’un coup, l’air est familier dans le taxi.
  • Comment vont les affaires, Hassan, en confinement?
  • La viriti madame? Ça va…
  • Occupé?
  • Non, mais ça va. Tranquille. La viriti madame, j’te jure…
  • À part la santé Hassan, qu’est-ce qu’on vous souhaite pour la nouvelle année?
  • «L’amour» madame. La viriti? L’amour…

De mon côté, cette longue absence entre nous, entre vos yeux et mes mots, la face de votre amour entre deux parenthèses, des points et des questions, fut motivée par un devoir de citoyenne qui a emprunté TOUT le temps de mon automne : j’étais jurée à la Cour supérieure.

Une expérience «ex-tra-OR-dit-nerfs», mais prenante.

Depuis, je me suis remise à l’écriture de mon roman.

Le confinement pour moi, est très salutaire. Nécessaire. J’habite mon petit bureau de création, j’écris. Il est mon refuge. Aussi romantique que le décrit Gabrielle Filteau-Chiba dans son roman Encabanée (à lire!!!). Elle, son refuge, c’est une cabane de chasseur mal isolée sur le bord de la rivière Kamouraska qui ne contient que quelques livres abandonnés et une cuisinière Bélanger. Elle y survit l’hiver pour mieux définir le mot féministe.

Moi, dans mon petit refuge, j’apprends à me délester de l’urgence de servir le monde, de le rendre meilleur, d’aider ou de me rendre utile pour m’accomplir. Je survis à la nécessité d’exister pour l’amour du monde dans le but de définir le mot écrivaine.

C’est très confrontant, je ne vous le cacherai pas, de me convaincre de la «valeur» de ce je suis ou ce que je fais, lorsqu’au bout d’une semaine de travail (de plaisir surtout), y’a pas de chèque de paie qui rentre dans mon compte qui donne de la valeur aux yeux de la société, qui justifie mon existence :

  • Heille Cathia! Salut…
  • Salut. Salut.
  • Quess’tu fais d’bon ces temsp-ci?
  • J’écris.
  • Ah… C’est tranquille…
  • Pas tout l’temps…
  • Tu travailles’tu à distance?
  • Non, non, j’écris…

J’écris en berçant mon gros ventre de femme écrivaine que je crème de jolis mots. Des mots hydratants. Des mots nourrissants pour la peau de mon histoire. Pour aller à l’essentiel. Pour pas qu’elle s’étire, qu’elle soit marquée de vergetures de détails inutiles. Un souci des mots aux petits soins. Je suis enceinte d’un roman. Dans une couple de mois, je sais pas lequel de nous deux naîtra en premier : moi, l’écrivaine, lui, l’objet de mon histoire. Un petit format de moi-même en papier fragile, aux odeurs de presse fraiche, d’imprimés délicats. Un petit livre qui aura ma voix, qu’on lira en m’entendant. Qui apprendra à marcher tout seul pendant que je lui ferai un petit frère, une petite sœur. Un livre qui aura la face tout crachée de mes mémoires. Les yeux de ma mère. Le nom de mon tendrépoux. Un livre qui parlera d’amour… La «viriti» et l’amour…

Les coins de solitude

Puis, par le fait même, tu t’attaches aux murs de ta maison, son odeur, ses bruits, ses craquements, ses silences, ses points de lumière, ses coins plus chauds, ses courants d’air… Et puis, tu trouves tes coins d’intimité, de recueillement, de ressourcement parce que même dans l’amour, la solitude est une bouffée d’oxygène; ton petit bureau, le pied du lit, le divan du séjour, la table de la salle à manger transformée en bureau de travail, le bain, le balcon, la chaise berçante, la cafetière… Et ton tendrépoux et toi formez un excellent balancier des humeurs; quand l’un a le moral en bas, il se donne un élan pour remonter, ne pas rester trop lourd pour l’autre, ne pas risquer de lui donner le vertige à force de nous regarder de haut…

Apprendre le détachement…

À vous, mes précieux abonné.e.s,

Je vous demande pardon pour les petites coquilles que je laisse derrière mes quelques relectures au moment de publier un article. Je les corrige éventuellement, mais les mises à jour de rendent pas une seconde fois jusqu’à votre boîte courriel… Merci, d’être là et indulgent.e.s à mon empressement s’appuyer sur «publier» pour vous rejoindre.

Ceci dit… Se révéler à soi-même…

Chronologiquement, ça commence par te lever un beau matin de printemps et avoir le temps de mettre la table, déplier une nappe fleurie de temps devant soi, placer les assiettes pleines de livres à lire, de pages blanches à écrire, et des verres de beau ( au lieu du lait) à boire au fil des saisons qui passent…

Et puis après, tu fais le ménage, pas que tu ne le savais pas que t’aimais l’ordre et l’esthétisme, et que tout ce que tu as accumulé depuis que tu cherches à te définir par ce que tu possèdes, en perdant peut-être un peu de vue, ce que tu es, finit par trouver un espace de rangement pour te donner le temps de te voir…

Faqu’euh tu vois que ça fait du bien d’être un peu seule avec toi-même. Que t’es de bonne compagnie. Que c’est pas confrontant d’être sa meilleure amie 💕, de compter sur soi, de se parler, se faire confiance. Tu constates que les relations humaines peuvent être culpabilisantes parfois… Par ma faute, uniquement, par besoin d’être aimée, considérer, par besoin de compter, avoir de la valeur aux yeux de l’autre… Que le fait de ne pas avoir le droit d’aller chez les gens, recevoir les gens à la maison 🏡, a quelque chose qui tire dans l’apprentissage du détachement…

Suite, demain….

Montée de «laid»

Se révéler à soi-même…

Je voulais me dévoiler pour qu’on rie ensemble, Ha! Ha!, mais je suis animée par l’entrevue de Mathieu Bock Coté, d’hier, à Tour le monde en parle… Faqu’euh, je surligne tous ses mots…

Froissement des sensibilités – Censure – Création de paria – Tendance lourde à la controverse – Suspension – Réseaux sociaux – Tribunal public – Exaspération – Multiplication des injures – Liste des théories des interdits – Hystérisation de la parole publique – Culture de l’auto-censure – Raser les murs pour ne pas se faire vomir dessus, des injures – Adhérence au cercle de la respectabilité – L’analyse des gens par des arguments olfactifs; il est sulfureux, elle est nauséabonde – on est’tu vraiment rendu-là – Le droit de citer le titre d’une œuvre littéraire de Pierre Vallières, Nègres blanc d’Amérique sans se faire traiter de raciste – Campagne de lynchage – La Loi 101 contribuerait au racisme systémique – chus raciste en viarge d’abord – L’anglicisation du Québec qui n’est pas grave qui serait un beau, beau, beau principe d’inclusion; mon cul, criss, si tu m’accueilles chez vous, la moindre des choses c’est que je vais apprendre les mots de ta langue pour te dire «merci»… Oh! J’en entends déjà dire: «Ouais, pis toué, tu sais’tu parler Premières Nations???» B’en c’est sûr que non, y’en a onze langues câlvasse!!! Pis quand mes ancêtres ont débarqué sur le territoire v’là 400 ans, parce qu’eux’z’autres aussi rêvaient d’un monde plus beau que la France pour leurs ambitions, qui rêvaient de nouvelles aventures, d’un monde plus grand, b’en y’z’ont peut-être appris la langue des peuples d’ici en arrivant, pour se débrouiller, mais y sont pas parfaits, pis la mémoire est une faculté qui oublie, faqu’ils ont oublié de nous transmettre leur savoir, mais je sais dire Tshinashkumitin en Innu ou Mikwetc en Atikamekw, c’est déjà un bon débutY’a AUCUNE raison de permettre l’anglicisation du Québec au nom de l’inclusion, ce serait de manipuler la bonne conscience plutôt que de préserver la culture identitaire des Québécois.es... – Être d’accord, n’être pas d’accord – Être woke = thème américanisé qui voudrait dire avoir une hypersensibilité envers le sort des minorités – Monopole du bien et du mal – on est’tu en train de créer vicieusement, au nom d’une «morale avancée», une secte civilisée de monde qui se dit «éveillé» dont leur seul but est de «confisquer la parole publique»? (entre guillemets; les mots de Mathieu Bock Coté) – Désaccord civilisé – Dany qui devrait carrément se taire, qui fait son baveux au nom de son propre égo, par sentiment probable d’infériorité quant à la maîtrise de l’art du discours de monsieur Bock Caron, une rhétorique éloquente – Réduction des individus à leur couleur de peau, même le «blanc» qui n’est même pas une couleur, mais un champ chromatique d’une forte intensité lumineuse qui est associé à un privilège – les francophones hors Québec, v’là une centaine d’années, dans les écoles, ce n’était pas à cause de la couleur de leur peau qu’ils se faisaient taper les doigts à coup de règle de bois, donner la strap ou se faire humilier, séquestrer, priver de nourriture, mais juste parce qu’ils parlaient français

Non, mais on peut’tu prendre notre osti’d’gaz égal!!!!!!!!!!!!

https://ici.radio-canada.ca/tele/tout-le-monde-en-parle/site/segments/entrevue/212491/guy-lepage-bock-cote-livre-controverse

Nous, on a le temps…

J’ai l’air de faire la tirade du regard au sourire masqué, absent ou soutenu des passants de la rue, mais il n’en demeure pas moins que ce que nous vivons tous, cette pandémie planétaire, à quelques degrés de mesure d’intensité différente, nous permet de se révéler à nous-mêmes. Les enseignant.e.s, les infirmier.e.s, les préposé.e.s, les commis d’épicerie, les facteur.trice.s, les médecins, et j’en passe, tous ceux et celles que papa Legault a longtemps surnommés les «anges gardiens» qui n’ont pas arrêté depuis le vendredi 13 mars dernier, qu’ils attendent encore les vacances de la construction pour prendre un p’tit break de rien, qui voudraient b’en pas s’en foutre de l’Halloween ou de Noël, mais y’ont pas l’temps d’chialer comme nous’z’autres parce qu’ils en ont plein l’masque des patients à brancher sur les machines respiratoires, les hospitalisations, les tests; les enfants en classe plus anxieux que jamais, qui ont six mois de retard dans leurs apprentissages pis qu’il faudrait tous les mettre au même niveau avant les Fêtes; les désinfectants pour les mains, la papier cul, la farine, le fromage bleu (!?) qu’il faut perpétuellement remettre sur les tablettes, recommander, refaire le facing, aviser le client d’une rupture de stock; les vieux dans les CHSLD à laver, rassurer, accompagner, changer les draps du lit de leur mort; tous ces «anges gardiens» quant à eux, n’ont probablement pas eu assez de temps pour se voir autrement que ce qu’ils ou elles ont toujours été à travers ce qu’ils ou elles faisaient depuis le début de leur carrière. Mais les autres comme moi, ou peut-être comme vous, les suspendus dociles de leur vie, t’sais les petits fantoches agités par les fils de l’incertitude de ce qui nous sera ou ne nous sera pas permis de vivre, de faire, d’être demain, manipulés par un ventriloque intérieur qui répète sans cesse ça va bien aller, ça va être toffe, mais on va passer à travers, b’en nous’z’autres, on a le temps de se révéler à nous-mêmes.

Tiens… On dévoile demain?… On va rire…

Passe-moué la puck pis j’vas compter des buts

On s’entend’tu pour dire que c’est pas comme si ça paraissait pas que je te faisais un show de Riverdance en souriant jusque dans le poil de mes sourcils. Que ce dit-passant détourne le regard, c’est de l’ignorance intentionnelle et c’est très violent. Je comprends que ça y tente peut-être pas d’être une Mère Thérésa des relations humaines, mais un petit hochement de tête n’a jamais causé de céphalée de tension à ce que je sache, câlvasse! Le genre de langage universel. Un p’tit hochement de tête d’une demi fraction de seconde qui dit: je-te-salue-je-t’ai-vu-la-preuve-que-t’existes-parce-qu’à-la-longue-c’est-plate-de-se-regarder-la-face-dans-le-miroir-de-nos-solitudes-faqu’euh-passe-une-belle-journée-là. Que tu me hoches la tête en anglais, en chinois, en arabe, en créole, c’est le même osti’d’hochement de tête universel!

L’ignorance intentionnelle déclenche instantanément de l’anxiété chez l’interlocuteur. Le cerveau, comme l’explique Guillaume Dulude dans son ouvrage (que je transpose ici, dans mes mots), en période d’éveil, est en perpétuelle quête d’apaisement! C’est comme si le flux d’information fourni par notre environnement était en permanence, une pratique des joueurs du Canadien au Complexe sportif Bell de Brossard. Tous les codes, les symboles captés par nos sens sont comme une série de puck que ton contexte environnemental te shoot dans le corps dans le but de t’informer d’un possible danger ou d’un agent rassurant. La job du cerveau, c’est de se prendre pour Carey Price dans une bonne saison. De jouer au gardien de but de ce qui passe ou passera pas comme information dans ton corps. Dépendamment de yousse qu’y’a arrêté les codes ou les symboles envoyés par ton environnement; son gant, sa mite, ses padds de genoux ou ses épaulettes, il va stratégiquement remettre la puck sur la glace pour que la partie continue à son avantage, que tous les joueurs qui constituent ton corps-équipe se mettent en place pour soit te faire fuir, figer, foncer ou flairer le bon du mal. C’est long une game de hockey, mais quand ton cerveau est din’buts, ça va vite en tabarnache!!

La nuit, Carey dort, c’est pour ça qu’on fait des cauchemars. Le gardien de nos pensées a retiré son accoutrement paddé, sa mite, son gant, son casque, ses épaulettes; le filet est désert. Y’a des tirs au but sans arrêt. Tout ce que notre cerveau avait retenu comme information, mais qui n’avait pas cru bon de nous le relayer dans le corps, nous rentre dedans. Sans compter l’insomnie qui se prend pour un coach de l’équipe des Timbits de St-Léonard pis qui nous force à patiner à trois heures du matin, sua’glace comme si on venait de boire huit cafés noirs pas d’sucre-pas-d’lait-pas-d’crème…!

…Parlant de café…. Y’é tard… Je vais aller m’en faire un avec toi…

À demain… Je t’aime.