L’amour « viritable »

Il est trop tard pour se souhaiter la Bonne Année.

C’est fini. C’est passé.

Il n’est pas trop tard pour qu’elle soit bonne, notre année, mais le 1er février, on n’a plus le droit de se souhaiter le vœu d’une bonne année. Même que demain, on célèbrera la chandeleur, la fête des lumières ou la reconnaissance de djézusss par Syméon à Jérusalem, pendant que Véronique, dans son bulletin météo à Tout un matin d’ICI Première, nous parlera de Willie la marmotte qui aura ou pas vu son ombre. Comme ça, on aura une idée de combien de temps encore, faudra-t-il se tenir au compte-goutte d’espoir que la pandémie finisse alors que nous vivons des jours déshydratés de relation humaine. L’humain est un animal social. Il se définit. Se distingue. Se raffine. Se caractérise. Se limite même aux limites des autres. Le regard de l’autre. Son sourire. Son parfum. Sa force. Sa faiblesse. Son territoire… Mais PAS par SON VIRUS! Faqu’euh… Y faut c’qui faut Willie, que tu oueilles ton ombre ou pas, que l’intérieur de nos bras souffre de gerçures par négligence de câlin, que nos joues s’assèchent par l’absence de la moiteur tendre des bisous, que nos lèvres se fendent en mille je t’aime à distance derrière nos masques qui retiennent le sang des mots j’en peux plus… J’ai hâte que ça finisse… J’ai besoin de vous… Nous tiendrons le coup! Ça va être plate en tabarnak, mais on va toffer. Parce que malgré tout, on est ensemble dans tout ça. Socialement. Confiné. Ensemble.

Bon. C’est sûr que l’Abitibi pis le Saguenay vont déconfiner la semaine prochaine-là, mais on est ensemble.

Bon. C’est sûr que y’en a qui disent des niaiseries comme «qu’y’a deux mondes au Québec : Montréal pis les régions», mais qu’est-ce tu veux? Si on avait à Montréal, un clot de vache, trois poulaillers pis un hectare de champ de blé d’inde entre deux maisons, mettons que nu’z’autres aussi, on pognerait moins vite la COVID. C’est pas le cas, on n’est pas prêt de sortir du bois’zerie d’origine de nos maisons de la grand’ville.

Bon. C’est sûr qu’y’en a qui vont continuer à chialer de ce qui est essentiel ou pas essentiel à acheter dans les magasins, en ligne, avec cueillette à la porte :

  • Une tuque, c’tu essentiel?
  • B’en oui, câlvasse, à -26 dehors au Québec, c’est essentiel!
  • Ouais mais, y me l’vende pas à pharmacie?!
  • B’en va au Dollarama.
  • Des lumières, c’tu essentiel?
  • B’en oui, voir dans le noir à quatre heures de l’après-midi, c’est essentiel.
  • Ouais mais, y me l’vende pas au Dollarama pendant que j’achète ma tuque?!
  • B’en va à pharmacie…

C’est trop tard pour la Bonne Année, mais comme c’est notre premier rendez-vous Café et Bas de laine 2021, j’extensionne la tradition et vous souhaite des jours à venir qui s’égrèneront d’un sablier de patience. Un jour à la fois, c’est tout ce que je demande, chantait mon père en ouvrant le Dépanneur Riopel à l’Épiphanie dans l’temps, le courage de vivre, d’aimer, d’être aimé, un jour à la fois. Quoi vous souhaiter de plus. Aimer.

Grâce à Louise Latraverse, il existe maintenant des t-shirts arborant le slogan L’amour CRISSE. Ça vient d’une réponse à la question posée par France Beaudoin à l’émission En direct de l’univers du 31 décembre dernier, alors que l’animatrice demandait à l’actrice : «Qu’est-ce que la pandémie ne pourra pas nous enlever?», c’est l’amour crisse, que madame Latraverse a répondu.

L’amour… Et ses mille et un visages.

Voilà… L’amour. Choisissez la face qu’il vous convient.

Je vous souhaite aussi la «viriti». VOTRE «viriti». Celle qui se trouve entre vos deux oreilles et qui sonne juste et bon. Parce que TOUT est fragile aujourd’hui. La science. L’histoire. L’art. La culture. Les droits. La liberté. L’identité. Et j’en passe… Alors que si je vous souhaite la combinaison de l’amour «viritable», je vous souhaite ce qu’il y a de plus solide et durable!!!!!!!!

C’est Hassan, notre chauffeur d’UBER, le soir de mon anniversaire qui nous a souhaité ces vœux :

  • Quel est votre nom monsieur?
  • Hassan.
  • Oh! Salam Aleykoum, qu’ajoute mon tendrépoux.
  • Aleykoum Salam, qu’Hassan répond, la voix-sourire doux et les épaules tombantes. Ça sent la maison, tout d’un coup, l’air est familier dans le taxi.
  • Comment vont les affaires, Hassan, en confinement?
  • La viriti madame? Ça va…
  • Occupé?
  • Non, mais ça va. Tranquille. La viriti madame, j’te jure…
  • À part la santé Hassan, qu’est-ce qu’on vous souhaite pour la nouvelle année?
  • «L’amour» madame. La viriti? L’amour…

De mon côté, cette longue absence entre nous, entre vos yeux et mes mots, la face de votre amour entre deux parenthèses, des points et des questions, fut motivée par un devoir de citoyenne qui a emprunté TOUT le temps de mon automne : j’étais jurée à la Cour supérieure.

Une expérience «ex-tra-OR-dit-nerfs», mais prenante.

Depuis, je me suis remise à l’écriture de mon roman.

Le confinement pour moi, est très salutaire. Nécessaire. J’habite mon petit bureau de création, j’écris. Il est mon refuge. Aussi romantique que le décrit Gabrielle Filteau-Chiba dans son roman Encabanée (à lire!!!). Elle, son refuge, c’est une cabane de chasseur mal isolée sur le bord de la rivière Kamouraska qui ne contient que quelques livres abandonnés et une cuisinière Bélanger. Elle y survit l’hiver pour mieux définir le mot féministe.

Moi, dans mon petit refuge, j’apprends à me délester de l’urgence de servir le monde, de le rendre meilleur, d’aider ou de me rendre utile pour m’accomplir. Je survis à la nécessité d’exister pour l’amour du monde dans le but de définir le mot écrivaine.

C’est très confrontant, je ne vous le cacherai pas, de me convaincre de la «valeur» de ce je suis ou ce que je fais, lorsqu’au bout d’une semaine de travail (de plaisir surtout), y’a pas de chèque de paie qui rentre dans mon compte qui donne de la valeur aux yeux de la société, qui justifie mon existence :

  • Heille Cathia! Salut…
  • Salut. Salut.
  • Quess’tu fais d’bon ces temsp-ci?
  • J’écris.
  • Ah… C’est tranquille…
  • Pas tout l’temps…
  • Tu travailles’tu à distance?
  • Non, non, j’écris…

J’écris en berçant mon gros ventre de femme écrivaine que je crème de jolis mots. Des mots hydratants. Des mots nourrissants pour la peau de mon histoire. Pour aller à l’essentiel. Pour pas qu’elle s’étire, qu’elle soit marquée de vergetures de détails inutiles. Un souci des mots aux petits soins. Je suis enceinte d’un roman. Dans une couple de mois, je sais pas lequel de nous deux naîtra en premier : moi, l’écrivaine, lui, l’objet de mon histoire. Un petit format de moi-même en papier fragile, aux odeurs de presse fraiche, d’imprimés délicats. Un petit livre qui aura ma voix, qu’on lira en m’entendant. Qui apprendra à marcher tout seul pendant que je lui ferai un petit frère, une petite sœur. Un livre qui aura la face tout crachée de mes mémoires. Les yeux de ma mère. Le nom de mon tendrépoux. Un livre qui parlera d’amour… La «viriti» et l’amour…

4 réflexions sur “L’amour « viritable »

  1. Hier soir, j’étais à me geler dans mon auto électrique, branché à Ste-Catherine à 18h30, rush, pour revenir à temps à 20h chez nous, et je te lis!! Tu m’as fait tellement RIRE Cathia!! Toujours un bonheur de te lire!! J’en redemande ENCORE et ENCORE!!!!

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