Persévérance

Touchdown confirmed! – C’était le touchdown le plus émouvant que je puisse témoigner – Perseverance is safely on the surface of Mars, ready to begin seeking the signs of past life! Je me suis tournée vers mon tendrépoux assis sur le divan, les yeux rivés sur un rectangle de monde qui applaudissent dans un studio de la NASA. Ma face en kilim tissé de plaques rouges pis les yeux comme deux barils pleins d’eau d’pluie le supplient :

  • Refais’lé jouer c’te moment-là!
  • B’en on l’a d’jà vu…
  • Refais’lé jouer pareil!

(…) ready to begin seeking the signs of past life!… Je suis profondément émue et dubitative à la fois. Un savoureux smoothie de doutes qui déborde. Plein d’émotions renversées. Un gros dégât d’eau sur les joues. Tout ceci me dépasse. En fait, tout ce qui touche l’astronomie m’intimide. Autant où je trouve que les astronomes sont profondément poétiques d’entretenir une passion aussi ardente pour les étoiles, autant où c’est un champ de connaissance de l’amour que j’ignore. Petite, je croyais que les astronautes étaient des extraterrestres en-soi. Quelque chose d’inaccessible. Qui existe que sur une autre planète. Que si tu y crois. Que ce n’est pas une profession – en tout cas, par pour une femme – une carrière, pas même une vocation, mais un fantôme qui apparait à l’écran de la télévision. Un scaphandrier blanc qui flotte dans l’espace, sans visage, la face cachée de la lune sur le reflet de sa visière.

Je crois qu’ils me font un peu peur ces astronomes. J’ai peut-être peur qu’ils me volent le pouvoir de m’émerveiller. Qu’ils me dévoilent le secret derrière le tour de magie que fait «une» étoile filante pour apparaître et disparaître aussi rapidement du chapeau du ciel. Une étoile que je nommerai Pauline dans la courte histoire de sa vie. Je crains que les astronomes ne soient pas d’accord avec ma théorie proposant l’hypothèse que Pauline, mon étoile filante, est nulle autre qu’une mariée indignée, pressée de fuir son Phoebus, le soir des noces, alors qu’elle vient d’apprendre qu’il brille à gauche et à droite, qu’il a des milliards de maitresses qui gravitent autour de lui, qu’elles lui tournent autour pour le séduire, des amantes de passage comme Pauline, qui s’enfuiront furieuses, se perdre dans un trou noir pour aimer ce soleil à des lunes de distances. Pauline apprendra la compersion, c’est à la mode des polyamoureux. Elle se réjouira du bonheur de Phoebus. Elle acceptera sans jalousie qu’il aille briller ailleurs sans qu’elle-même ne s’éteigne. De toute façon, elle a compris qu’il vaut mieux aimer ce soleil de loin. Il est très narcissique et égocentrique à la longue. Et de trop près, son amour brûlerait…

Je ne voudrais pas que la science me convainc que dans sa course, ce qui poursuit Pauline, cette jolie traine crochetée de poussière de dentelle blanche, n’est en fait, qu’un vulgaire gaz lumineux. Je persiste à croire que la science est poétique.

Comment peut-on persévérer autant à développer des technologies de pointe, des robots en forme de Jeep high tech qui seront parachutés sur un désert extraterrestre pour chercher l’existence de la vie d’avant lorsqu’on a du mal à vivre aujourd’hui? Je ne comprends pas l’intérêt…

  • Par curiosité, mon amour! La CURIOSITÉ!! que mon tendrépoux – scientifique et très poétique – me réplique.
  • T’as pas envie de savoir qu’on n’est pas seul dans l’univers?

Euhh….. En pleine mouvance de décolonisation des pouvoirs et des savoirs, où tout est susceptible de fragiliser la construction identitaire des terriens – particulièrement, les occidentaux riches, à mon avis – ou la réappropriation de la culture?! Euh…. Perso? Pas tant qu’ça. Chus pas pressée. Mettons que ça ne me tente pas vraiment de savoir qui d’autre dans l’monde, on aurait pu, par le passé, avoir offensé! Piller. Volé. Exterminé. Que je ne suis pas sûre de vouloir savoir qu’on aurait aspiré tous les vents d’oxygène possibles sur Mars pour s’en faire un ballon d’atmosphère sur la terre, rempli d’air propre, pour que des millions d’années après, y soit saturé de smog, de pet de vache pis de mauvaise haleine des riches.

A-t-on vraiment fait l’tour de tous les coins ronds de la Terre, pour vouloir coloniser Mars?

Tout juste hier, on s’est rendu au Cinéma du Musée – enfin, on a l’droit – pour voir le film Errance sans retour, d’Olivier Higgins et Mélanie Carrier. Un film québécois d’une infinie beauté montrée à l’écran de la désolation qui parcourt le labyrinthe du camp de réfugiés de Kutupalong, au Bangladesh. Le plus grand camp de réfugiés du monde qui abritent plus de 600 000 Rohingyas.

C’est profondément troublant – choquant même – de penser qu’au moment où ces musulmans – et ce n’est qu’un seul exemple – ayant fui leur pays, massivement, pour échapper aux violences perpétrées par l’armée birmane, vivent dans l’attente d’exister, d’appartenir au monde, simplement, avec leurs croyances, que la première phrase du film c’est : « Mon nom est Kalam, mon nom de famille n’a pas d’importance » pendant qu’ici, il y a Sabrina qui veut qu’on l’appelle Ali, désormais, se sent.e blessé.e si on n’utilise pas le bon pronom personnel quand on s’adresse à iel. Qu’on ne devrait pas supposer que cette personne s’identifie à une femme ou à un homme pour toutes sortes de bonnes raisons évidentes. Qu’iel veut cocher autre dans le questionnaire… Parce qu’iel a le luxe dans notre société de droits, de le faire. Ô que j’me demande si les Rohingyas – et ce n’est qu’un exemple – ont le luxe de se poser ses questions-là? Est-ce qu’ils peuvent se permettent d’être « blessés » par ça? C’est vrai que la souffrance ne se mesure pas. C’est vrai aussi qu’on ne devrait pas se comparer aux autres pour amoindrir les blessures, puisque nous ne sommes pas les autres. Je me demande. Est-ce un petit caprice de nos droits et libertés? N’ayant plus personne à dominer, nous les occidentaux, qu’on s’est lassé trop vite d’exploiter le monde, la terre et ses ressources, qu’on s’en prenne à l’identité humaine d’homme et de femme pour se sentir plus grand que la nature, plus grand que la biologie? Pis de jouer la carte de la supériorité morale en faisant sentir l’autre inadéquat lorsqu’il s’adresse maladroitement à nous, dans le mauvais genre?! La non-binarité. Le gender fluid. Je me demande c’est quoi le but de cette bataille?

À la naissance, qu’on le veuille ou non, être d’accord ou pas avec la construction des genres, le docteur à l’arrivée du bébé continuera à s’exclamer avec joie : « C’est un garçon!» ou « C’est une fille!», pour des raisons évidentes, une référence de l’anatomie humaine. Après, on fera ce qu’on voudra de notre identité et ce sera notre choix. Et ce n’est pas par manque d’ouverture d’esprit ou l’empathie que le monde entier ne s’est pas adapté à nos choix… C’est par manque de trigger warning.

En tout cas… Ça va prendre un shit load de Perseverance à quatre roues motrices pour ne pas marcher sur des œufs, quand viendra le temps de vivre des relations interpersonnelles à la sortie de la pandémie and to begin seeking the signs of past life d’homme et de femme sur la terre.

2 réflexions sur “Persévérance

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