Mon petit doigt

Était-ce inconsciemment volontaire qu’il y a un an, je redéfinisse les paramètres de publication de mes articles de blogue Café et Bas de laine, que je les restreigne à une publication par mois, le 1er de chaque mois à 10h, en sachant que ce jour viendrait et que je publierais un p’tit quelque chose juste pour toi… Une lettre d’amour 💕. Un essai. Une «situation de guidance» comme disait notre travailleur social. Une lettre à la mère. Un testament… Enfin, tu en feras ce que tu voudras, comme d’habitude.

C’est aujourd’hui ton anniversaire. 12 ans. Douze, c’est une douzaine d’œufs que ça prend pour faire deux quiches maison jambon-épinard. Ce sont les «douze mois de l’année» que tu chantes sans t’enfarger ou t’pèter à’yeule en sautant à la corde à danser. À douze ans, il n’y a plus de forfait spécial enfant pour toi dans les restaurants. Faut que tu payes à’c’t’heure ton titre de transport d’autobus de la STM. 12 ans, c’est le pugatoire entre le paradis de l’enfance et l’enfer de l’adolescence, alors que tu t’attends à ce qu’on te traite en adulte. Bon anniversaire ma fille.

Pour ton anniversaire, j’ai un petit cadeau pour toi: «mon petit doigt». J’en ai deux c’est vrai, tu choisiras celui que tu veux et même si je ne cesse de te répéter que «choisir c’est perdre un peu», pour ton anniversaire on va faire une exception: tu t’en choisiras un pis tu garderas l’autre en «back up» au cas’z’ou.

Mon petit doigt est sensible et de bons conseils. Il est éduqué, curieux, attentif et sage. Il ne parle jamais pour rien dire. On ne pourrait en dire autant des pouces en l’air qui se dressent pour te féliciter de tout et de rien ou des majeurs qui font des «Fuck you» aux affiches écrites en anglais dans les rues de Montréal ou de Paris… Non, mon petit doigt est précis, concis et clair. Il est très discret et délicat. Il possède un pouvoir de persuasion phénoménal. Très convaincant! Chaque fois qu’il initie un mouvement de repli sur lui-même, l’annuaire le suit aussitôt et parfois même le majeur. Il bouge, les autres bougent avec lui, comme les leaders populaires de notre histoire : Martin Luther King, Gandhi ou les TicToc famous qui multiplient les chorégraphies.

Pour tes 12 ans, tes poussées de croissance, ton besoin d’autonomie, de liberté, d’indépendance, de distanciation, de sensations fortes, d’unicité, d’inscouciance, tes tirades d’arguments pour nous convaincre d’obtenir ce que tu veux, tes désaccords, ton envie soudaine de veiller tard, de boire du Coke pis de manger du McDo, ton style, tes caprices, tes doutes, tes choix d’amis, tes peines, tes colères, tes drames, ta sensibilité, ta créativité, ta générosité sélective, ta capacité de t’affirmer, de t’exprimer, tes peurs aussi, je t’offre ce que mon petit doigt me dit…

Mon petit doigt me dit que je laisserai les vents célestes de la vie danser entre nous, pour les quelques années à venir, mais que je ne serai jamais bien loin pour te ramener sur la piste de danse.

Mon petit doigt me dit que j’aurais des paquets de Kleenex en réserve pour ramasser tes dégâts de peine d’amour qui te renverseront, ces amours-là que tu conjugueras au futur simple avec l’accord du participe présent, celles que tu voudras pour toujours.

Mon petit doigt me dit que je laisserai toujours à ta disposition, mon épaule libre  comme un cintre disponible accroché dans le grand «walk-in» de tes émotions pour les fois où tu souhaiteras te délester du lourd manteau de tes sautes d’humeur, ton trouble et tes défaites. Supporter le poids de nos déceptions à deux c’est déjà moins pesant, le temps que tu reprennes des forces et que tu les assumes tu’seule. Et que dire de la connaissance de soi… Dans le regard de l’autre, un miroir qui te veut du bien, tu t’y reconnaîtras et t’accepteras avec douceur.

Mon petit doigt me dit que j’en aurai encore de ces moments tendres où comme un perce neige en plein hiver, tu jailliras de ton ingratitude pour fleurir de reconnaissance en glissant ton nez sous mes aisselles poilues alors que je m’affaire à installer les sacs de couchage dans la tente plantée dans le désert de Joshua Tree pour la nuit, que je pleurerai d’amour lorsque tu re-diras: «merci d’prendre soin d’tout l’monde maman».

Mon petit doigt me dit que tu n’auras malheureusement pas toujours raison, moi non plus, ni même papa, mais qu’on trouvera notre vérité.

Mon petit doigt me dit que tu t’allieras encore souvent à ton père pour me contredire, même s’il commence toujours ses phrases par: «J’veux pas t’contredire, mais…» et que je m’en fous au fond si j’ai pas la bonne explication scientifique pour t’expliquer par exemple que la digestion dans ton estomac, c’est en fait comme si la bouffe que tu mangeais passait au comptoir d’un boucher japonais; ton propre Miazaky personnel qui maîtrise à merveille l’otsukury, qui te découpe ta bouffe en lanières, cubes, rondelles, copeaux, etc. Tout pour que ça passe plus facilement entre les mains de tes instestins qui eux consistent en un interminable gym d’entraînement où des gros dudes aux gros muscles poussent du fer jusqu’à la sortie… Bon, anyways, tu comprends que ce que je veux que tu retiennes, c’est que la poésie est une épice qui s’ajoute sur tous les plats!

Mon petit doigt me dit que tu auras quelques fois encore honte de moi, de mon style, mon «look», lorsque je prends ta main dans la rue, t’embrasse ou que je danse et chante en attendant l’autobus… Jusqu’à ce que tu comprennes que la liberté se vit réellement qu’entre nos deux oreilles, surtout pas dans la prison du regard des autres, de ce qu’ils pourraient penser ou de quoi on a l’air. Sois libre dans ta tête et ton corps suivra!

Mon petit doigt me dit que tu seras inévitablement dégoûtée de mes plateaux de fromages, d’huîtres ou d’escargots, ou de ces regards complices que j’échangerai avec ton père au petit déjeuner en lui murmurant par dessus nos crêpes : «merci pour la belle nuit», mais souviens-toi que t’es sortie d’ma noune il y a douze ans, une noune qui pissait l’sang pendant que je chiais ma vie sua’table d’accouchement, ça, ça va te remettre le cœur à la bonne place!!!

Mon petit doigt me dit que tu es magnifique, que je t’aime et que j’ai confiance en toi. Entretiens un beau jardin d’amour, de bienveillance, d’empathie et de générosité envers la terre, la nature, les animaux et les êtres humains. Surtout les plus démunis, il n’y a pas si longtemps, ils fêtaient leurs 12 ans eux aussi, entourés de leurs parents et amis, heureux et riches de vie. Ils suscitent en nous l’indignation pour qu’on prenne action, qu’on s’unisse pour changer les choses et nous rappellent que la vie est fragile, que de tout perdre peut arriver à TOUT l’monde. Prends soins des enfants; de toutes les mines du monde, ce sont eux les vrais diamants. Sois curieuse, goûte à tout, mais n’en prends pas une habitude. Sois heureuse ma fille, et tout ce que tu fais, fais-le dans la joie, même tes DEVOIRS…

Bon anniversaire.

Maman

2 réflexions sur “Mon petit doigt

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