La dernière de tes allumettes avant de mourir

Il est là le problème. Je me cherchais des amis. Pire. Je me cherchais une famille.

J’avais connu une «famille» au sein du Club des petits déjeuners du Canada au cours des dix années qui précédaient mon entrée à ruelle de l’avenir. Les temps ont bien changé, y’a eu du roulement au Club, ce n’est plus du tout ce que c’était, d’autres vous en parleraient, mais à l’époque, j’avais trouvé une famille de monde de coeur qui s’roulait les manches en gang pour nourrir de toutes les façons qui soient, beau temps mauvais temps, le coeur, le corps et l’âme de nos enfants. Du monde avec qui je m’alliais à «ma» cause. Qui se prenait pour un beau village qui élève les enfants. Qui tartinait épais les tranches de pain servies à l’école de beurrées de reconnaissance, d’attention, d’écoute, de sourire, de présence… Un goût de croire en soi, à demain. Un appétit pour tout ce qui est possible.

Fini ce temps-là. À’c’t’heure c’est des boîtes à lunch servies dans des sacs en papier brun avec b’en, b’en du packaging empilées dans des caisses de lait distribuées dans les classes, libre service.

Une famille qui me valorisait sans bon sens pour tout ce que j’étais. Même pour mon exubérance! Un enivrement. Le président-fondateur du Club me répétait souvent que du monde comme toi, Cathia, ça s’trouve pas à l’université. Juste le fait qu’il se souvienne de mon nom me laissait présumer que je faisais une grande différence dans son quotidien. Ça m’a probablement monté à la tête. Au coeur aussi. Allant jusqu’à me croire immuable auprès de l’organisme.

J’ai pogné un noeud lorsque j’ai annoncé à mes patrons qu’en famille, nous avions décidé de vivre un an à Paris de juin 2016 à juin 2017. J’étais entrée dans l’bureau de la directrice générale l’air déterminé et assurée d’obtenir faveur à ma demande de permission d’une année sans solde. Comme un genre de congé de maternité mais au lieu de m’occuper d’un bébé, j’allais prendre soin d’un rêve. Le voir grandir aussi haut que la Tour Eiffel. Faire ses premiers pas dans les rues dentelées de balcons fleuris. Lui donner le boire aux deux heures à des cafés-terrasses-spectacles. Avaler des gorgées de beau monde qui passe. Lui apprendre la musique des talons hauts des femmes qui claquent sur les trottoirs pavés. L’habiller d’élégance et du savoir-bien-paraître étudié que seules savent faire les Françaises. Le nourrir à la petite cuillère de bon vin rouge, de fromage pas cher, de saucisson sec et de champagne aux apéros. Lui donner les mots pour chaque chose. Le bercer de culture. L’emmailloter de beauté de la couverture des toits de Paris. Et surtout, surtout… L’aider à grimper sur les modules de son histoire dans le grand terrain de jeu de l’écriture. Parce que j’allais avoir enfin, le temps d’écrire.

Je promettais de revenir puisque mon intention n’était pas de partir pour de bon ou me chercher un nouvel emploi, mais de suivre ma famille dans ce beau projet de vie.

B’en là, ça va créer un précédent si on t’laisse faire ça, qu’on m’a répondu.

Un précédent?! – «Précédent»: nom masculin, qui signifie un fait antérieur qui permet de comprendre un fait analogue ; décision, manière d’agir dont on peut s’autoriser ensuite dans un cas semblable.

Ouais. C’est vrai que pour un employeur, c’est pas vendeur d’avoir à me remplacer pour un an, à former quelqu’un pour faire la job aussi bien que j’la faisais, pis toute, pis toute, pis qu’en plus, qu’il prenne le risque de m’autoriser une autre année sans solde dans un cas semblable…

Faqu’euh, sentant qu’on ne me retenait pas pantoute, j’ai offert de continuer à travailler à distance pour assurer la direction des Camps de leadership, ce que je faisais déjà à partir de mon bureau de Boucherville, tu’seule dans mon département et que, à l’approche des camps, j’allais revenir à Montréal pour assurer l’animation, l’accueil des participants, la coordination de l’équipe, la programmation, etc. Même là, je me revoyais à mes 19 ans en train d’annoncer à ma mère que je quittais la maison pour aller étudier en radiodiffusion à la Cité Collégiale à Ottawa. Elle m’a regardée le sourire en courbe décroissante d’enfant de Vision Mondiale sous-alimenté en me disant: «Tu veux partir d’icitte ma fille?!… B’en tu vas t’débrouiller tu’seule». Chus partie. J’me suis débrouillée. Avec mes 90 livres de restes de peau et d’os mêlés à des cannes de soupe aux lentilles pis des tranches moelleuses de pain blanc beurré de beurre salé, je suis revenue lui rendre visite à Noël de cette année-là, le sourire en quartier de lune, des étoiles plein les yeux, l’air de dire: «Kin’toué, t’as vu, chus toujours deboute même quand la nuit s’étire sur mes jours à m’débrouiller tu’seule à tenir mes rêves comme une bougie de sécurité que t’allumes dans ton char en pleine tempête de neige. Instinct de survie. Comme si c’était la dernière allumette de la pauvre petite fille du conte d’Andersen qui juste avant de mourir de frette, voit défiler un festin de dinde, tourtière, p’tits pains fourrés à’viande hachée, oignons, cannelle et clou de girofle… Mes rêves m’alimentaient. Pis je les tenais bien serrés comme un lampadaire dans un fond de ruelle louche. Parce que la vie c’est un peu comme une ruelle louche; tu t’y aventures d’abord, b’en confiante en te disant qu’en toi se trouvent toutes les réponses à tes questions, que t’es outillée, que t’as tout c’qui faut pour réussir jusqu’à ce que t’entendes des p’tits craquements ici et là dans l’noir pas rassurant de la seconde qui viendra ou viendra pas de ta vie, pis que la peur te pogne, que ton coeur se met à spiner à la vitesse d’un cycle d’essorage pis que toute ta raison, tes principes, ta lucidité se tordent de probabilités qui se ramassent collés aux parois des palissades qui longent les deux côtés de la ruelle. Parce que ta ruelle de vie louche s’arrête toujours à la limite des palissades où commence la ruelle de vie louche de tes voisins. Y’en n’a pas de liberté les amis! On devrait retirer c’te maudit mot-là du vocabulaire. Ça ferait moins d’chicane. Faire plus de place aux mots collectivité, égalité, jovialité, spiritualité… On a rien’qu’un peu de pouvoir de choisir même quand on n’a pas l’choix. Choisir de comment on va traverser la ruelle louche de nos vies.

En dansant? En chantant? En s’aimant? En s’aidant? En courant? En rampant?

Pis une fois que t’as choisi. Les jeux sont faits. Rien ne va plus. Tu as choisi de miser sur la préciosité de tes rêves comme une bougie de sécurité dans ton char un soir de tempête ou comme la dernière allumette avant de mourir de frette pour t’éclairer le chemin et te rendre compte que les p’tits craquements pas rassurant que t’entendais en marchant n’étaient rien d’autre que ton imagination obèse morbide qui venait de s’assoir sur le rebord des palissades pour te regarder passer ta vie. C’est là que tu t’trouves b’en niaiseuse d’avoir passé tout c’te temps-là à imaginer ta vie au lieu de la vivre…

Ceci dit, mes bosss ont ajouté: «Écoute, on t’aime bin, mais on peut pas rien t’signer sur papier… Reviens dans un an, on veut pas t’perdre parce qu’on t’aime t’sais…» Je suis partie rassurée en m’disant que j’avais pas besoin de m’inquiéter de chercher ailleurs, c’est là que je voulais travailler pis on m’attendrait.

Je suis revenue au bout d’un an, j’ai tenu mon engagement.

Bon, vu qu’t’es partie, t’as tout perdu… Tes 10 ans d’ancienneté, tes vacances, tes bénéfices, tes assurances, tout!, que mes bosss ont glissé entre un Pis?? Comment c’était la vie à Paris? et un En tout cas tes photos de voyage sont tellement belles!

Les orteils me crispaient sous la table du resto dans l’fond de mes beaux souliers golden de Paris.

On t’offre un contrat d’animation des quatre Camps de leadership de l’année du Club qui commenceraient en mars…

Si j’avais eu des ongles, je les aurais enfoncés dans le vieux bois verni de la table. Et puis, pourquoi l’emploi du conditionnel présent à la troisième personne du pluriel pour parler des camps? Est-ce qu’ils commenceront dans un futur simple rapproché ou ils commenceraient conditionnellement à si on a le soutien financier de nos partenaires?

  • Oui mais, on est le 17 juillet, qu’est-ce que je fais d’ici mars de l’année prochaine?, que j’ai réussi à répondre la gorge fendue comme la terre sèche du désert d’Atacama.
  • B’en c’est l’occasion rêvée pour toi de faire des p’tits contrats ailleurs, être ton propre produit, ta propre entreprise, disaient-elles aussi enthousiastes que des vendeuses de plats Tupperware.

Devenir un produit pour emporter comme l’ensemble à salade bleu paon en vente-éclair jusqu’à épuisement des stocks!?? Fuck you. No way! Un petit contenant unique et idéal pour la maison ou pour emporter. En plus d’être un plat de service pour vendre ma salade, je serais parfaite pour l’entreposage au frais de l’oubli des jours où mon produit se vend pas. Se vend plus. Toutes les dix années de vie passées au Club peuvent s’emboîter d’un coup pour offrir une commodité exceptionnelle qui coûte pas cher, pas cher à l’employeur. Être mon propre produit. La Tupper Mignonnette qui s’emboîte astucieusement le coeur sous le couvercle étanche du silence.

Pis pourquoi vous ne me l’avez pas dit lorsque je vous demandais six mois plus tôt, en janvier, ce qui m’attendait à mon retour? Je vous écrivais, je vous le demandais!? Vous me traitiez à la «blague» pour faire gentille, d’angoissée, d’insécure…? Hein!? Pourquoi pas me l’avoir dit?… J’me s’rais r’virée d’bord…

C’est à prendre ou à laisser ça l’air.

C’est là que dans un pas l’choix il me restait un peu de pouvoir de choisir.

J’veux pas me vendre, je veux me donner!

Je suis revenue à la maison et j’ai écrit ma lettre de démission définitive au Club des petits déjeuners.

Trois mois plus tard, après quelques entrevues et deux trois déceptions, j’ai demandé à une amie si elle connaissait quelqu’un, quelque part qui avait besoin d’une employée qui souhaite aimer et aider le monde à devenir meilleur… Pensant qu’elle ne me prendrait pas au sérieux, trois jours après, je rejoignais l’équipe de ruelle de l’avenir.

Je suis entrée en fonction en octobre 2017 à titre d’Agente communautaire et coordonnatrice du Camp de leadership qui était d’abord à développer pour en faire une offre de service en vue de la programmation estivale de l’année suivante.

J’étais tellement heureuse d’avoir retrouvé d’anciennes collègues du Club qui travaillaient désormais à ruelle de l’avenir. Pas n’importe lesquelles, des filles du temps où j’avais une «famille» de monde qui voulait comme moi, changer le monde, dont la directrice générale qui m’avait engagée onze ans auparavant, au Club, et qui était désormais en tête de la direction de ruelle.

La mission de l’organisme qui est de transmettre la connaissance par la passion ne sonne probablement pas la cloche qui réveille toutes les Mères Teresa du Centre-sud de Montréal qui veulent sauver le monde. L’urgence d’éveiller une passion se fait sur le long terme. Et à ruelle, c’est une force! On le fait bien.

Mettons que dans mon cas, je suis rentrée au poste en pensant fougueusement que mon atelier de Cuisine du Monde du volet communautaire allait servir à nourrir les huit refuges d’urgence des sans-abris et des junkies de la rue Ontario. Le pire, c’est que j’ai pensé qu’on pensait TOUS comme moi…

Quelle vive leçon d’humilité!

C’est clair qu’on a dû rire de moi dans mon dos, que j’ai dû taper sué’nerfs de mes collègues, mais l’ignorance intentionnelle du vieux garçon aigri, ça… euh… Non! J’la comprends pas.

Y’a fallu que j’aie un petit coup de main de notre travailleur social Jocelyn, pour nommer que ma dissension sociale au travail prenait trop de place dans mon coeur, mais ça, ce sera dit parmi les cocasseries d’un autre billet.

Les jours confinés depuis la mi-mars passaient à faire du pain, du ménage, des semis pour un éventuel jardin de balcon, des gâteaux, des nouvelles recettes, des devoirs à la maison et des lectures… Ah! Des lectures!

Puis, lors d’une première rencontre d’équipe ZOOM en mai dernier, où personne ne se demandait comment on allait, la DG nous a partagé la nouvelle structure de notre offre de service auprès des enfants à distance… Ça m’a tuée. Ça y’est. S’il ne me reste plus les enfants, il ne me reste plus rien.

Pas l’choix. C’est d’même pour le moment.

Une lettre de l’UQAM est arrivée.

Maîtrise en Études littéraires… Admise à la propédeutique… Temps partiel…

Rien n’empêche un temps plein?

C’est là que dans un pas l’choix il me restait un peu de pouvoir de choisir.

J’ai écrit ma lettre de démission à la demande de ma boss, effective le jour même et j’ai quitté ruelle de l’avenir.

Comme un Riopelle quoi!

Un cul d’ourrrr qui pète le feu par secousses…

Noir, certes, mais ‘ec une p’tite lumière au bout du tunnel.

Pas toute nouarreNouarre… Nouarre… Nouarre… L’Afrique toute nouarre… Dans la nuit… Au clair de la lune… Le blanc de ses yeux brillait…

Un choix d’auteur que cette expression graphique pour accentuer l’effet pèle-mêle de c’te ramassis de pelures d’identité, d’après le livre, que mon cerveau aurait tout au long de ma vie accumulé et que, bien qu’utiles, me préservent de mon pouvoir d’aimer et ma capacité à rester présente à l’éveil de mes sens…

Le genre de livre que mon chum lira jamais!!!!

T’en prends, t’en laisses.

Moi, j’n’ai pris pour une petite descente dans mon fond. J’suis pas descendue trop creux, j’suis quand même pas le gouffre de Krubera. Une p’tite descente dans’cave un peu sombre de la connaissance de soi.

Le bordel!

Mon intérieur pis la maison de Ginette dans le show de syllogomanie su’Canal Vie, même combat!

C’était tellement encombré de projections de ce que je veux être mêlées à des peurs, de grandes joies, de l’amour, du succès passé, des insécurités de demain, des rêves, des ambitions, mais pas tant de lumière sur l’instant présent… Un «moi» que je souhaiterais qu’on voit comme je pense que je le vois. Un cumul de petites désolations qui écrasent mes fiertés sous des couches superposées de doutes, de manque d’affirmation de soi qui dégoulinent sur un grand all over de gratitude qui rend le tableau de ma vie du moment, juste du moment, comme une belle oeuvre d’art abstrait.

Un Riopelle quoi!

C’est intéressant, mais c’est complexe. Pas facile. Pas toujours accessible. Faut que tu plisses les yeux pour distinguer les formes, les symboles, les images, le message codé caché dans la toile de ton existence. Ce faisant, tu assombris automatiquement ton regard. Y’a comme une clôture de cils qui entrave ton champ de vision. T’as beau jouer l’artiste de ta vie pis te faire un dessin, c’est flou le chemin qu’il faut prendre pour trouver le cabanon dans lequel t’as accumulé pendant des années, les bons outils pour te construire. T’sais la p’tite cabane perchée au top de ta colonne vertébrale quand tu sais te tenir droite. Le refuge accueillant qui frôle la cime de ton authenticité dans lequel il fait toujours bon de s’écouter, s’entendre, être soi-même, être vrai. Un lieu où tout est en place. Tout est bien rangé. Tout est lumineux. Tout est clair.

Pourquoi c’est si difficile d’y grimper?

D’arrêter d’être gentil, mais d’être vrai?

Je sais b’en qu’ça frôle la littérature de croissance personnelle, mais c’tait ça les questions que j’me posais pendant le confinement…

La vérité, ça dérange. Ça choque. Ça retarde, la vérité. Quand tu demandes à quelqu’un comment ça va par politesse, tu t’attends à un ça va bien rapide pour que tu puisses continuer ton chemin pressé d’aller quelque part. Mais si ça va pas bien… Oups! Là, t’es dans’marde! Faut que tu prennes le temps de savoir pourquoi. Même si t’es b’en pressé d’aller quelque part… On sait tous où la vie nous mène. C’qu’y’a au bout du chemin. Pis personne est assez pressé de mourir pour ne pas prendre le temps de connaître la raison pour laquelle c’te quelqu’un-là va pas bien. Tout d’un coup qu’il est rendu au bout de sa route à lui? J’pense que ça mérite un petit bout de ta vie d’écoute pour allonger la sienne d’un souffle d’expression… Bon, après, ça crée juste un monde plus gentil ET vrai.

La vérité aussi c’est d’arrêter d’être c’qu’on n’est pas en attendant d’être ce qu’on n’sera plus… Plus jamais?

Faqu’euh, faut faire le ménage dans’place. Montrer la porte aux multiples facettes de ta personne qui ont peut-être eu tout au long de ta vie, le front de te défendre, les nerfs d’avancer, de continuer, le pif de se résigner, l’air de ne pas perdre la face, mais qui ne te servent plus.

Donc dans ma descente, j’ai ajusté ma vision nocturne et je me suis adaptée à mon désordre. Des petites pacotilles ici et là. Inutiles et significatives en même temps.

M’est venu un stress… Un fourmillement d’anxiété. Le genre de bébite qui te monte su’la jambe l’été assis dans un parc, qui te chatouille sur le coup, mais qui te dégoûte quand tu t’aperçois que c’t’une chenille verte à poils ras.

Me suis demandé pourquoi j’voulais pas retourner à’job, à ruelle de l’avenir!? Pourquoi j’avais peur que ma boss m’appelle pour me dire de rentrer travailler?!

J’étais bien moué en confinement!

Plus besoin de faire le compte des raisons pour lesquelles je continue à travailler là.

Me répéter comme un mantra en montant les vieilles marches du pavillon DeSève qu’une chance qu’il y a les enfants. Toujours les enfants. La seule raison de me donner toute entière à mon travail. Sans compter. Sans fatigue. Presque coupable d’être salariée pour la force que j’ai de les aimer. Me le répéter en inspirant fort l’odeur romantique du vieux vernis des immeubles patrimoniaux de la ville de Montréal. Les enfants. Toujours les enfants…

Fini les fois où mes collègues me rapportent qu’une telle dans l’équipe m’imite, caricature mon exubérance ou la projection de ma voix, que d’autres médisent à mon sujet en mangeant leu’sandwich à la poudre de grillons trempé dans le kombucha maison. Que je sente qu’on se méfie de moi parce que je suis «amie» avec la boss. Entendre dire qu’on sait b’en, a’la toujours toute c’qu’a veut elle, est’chummy-chummy ‘ec la boss ou avec Cathia, faut faire attention, elle fait des «drames» avec des riens.

Pourtant, je suis sur la même échelle salariale que tout l’monde. Je fais mes heures. Des fois plus. Quand ma boss me demande de mettre sur pied un Camp de leadership, je le monte. Puis comme tout le monde, j’ai présenté ma proposition de contenu d’atelier de création littéraire À vos plumes, prêts… Parlez! au conseiller pédagogique de l’organisme qui l’a approuvée. J’ai rien volé. J’ai rien obtenu au nom d’une quelconque amitié. La coordination du volet communautaire, je l’ai prise en main parce que j’étais rendue la seule des agents à y travailler. Il m’a fallu rebâtir l’équipe, les stratégies de recrutement et de rétention des participants aussi. Et quand est venu le temps de reprendre les Camps familles parce que mon collègue ne ressentait plus la passion de les prendre en charge à la hauteurs des attentes de la direction, b’en je les ai repris aussi avec fougue et générosité. Ce qui a accentué le comportement déviant de ce dit-collègue misogyne sur les bords et vieux garçon malheureux de cinquante ans qui se plaisait à faire subir l’ignorance intentionnelle à l’égard de certains d’entre nous, dont moi, et user de son sarcasme condescendant pour abaisser ceux qui devaient probablement ne pas le faire sentir à la hauteur de la situation.

Je l’ai confronté une fois, pour comprendre ce que je subissais de sa part, mais j’ai compris que «y’avait rien là», que je devais probablement m’imaginer des choses, créer un problème ouss’qu’y’en avait pas. «Faire un drame avec des riens»…

J’ai même demandé une rencontre de médiation entre nous, accompagnée de ma boss pour crever l’abcès. Lui permettre en toute sécurité, de s’ouvrir à moi, en présence de la direction… Le rendez-vous n’a pas trouvé son trou dans l’agenda.

Me revient le souvenir d’être rentrée dans la cuisine sur l’heure du diner et qu’au moment de passer la porte, les conversations se sont éteintes comme si je venais de fermer les interrupteurs. Un click! Y fait clair… qu’on vient de parler dans mon dos.

Tu finis en effet par penser que c’est toi l’problème. Que tu t’en fais trop. Que faut qu’tu travailles là’d’ssus. Que tu les ignores. Que tu passes par dessus. Que tu sois plus forte que ça…

À la dernière rencontre d’équipe de ma première année en fonction à ruelle de l’avenir, en avril 2018, je me rappelle avoir adressé auprès de mes collègues, le manque d’accueil, l’impression qu’il est difficile de faire partie de l’équipe, que la dynamique de groupe est très territoriale et que le fait de vivre dans deux bâtiments séparés puisse être un facteur de ségrégation de l’équipe…

Hé! Pêteux… Me suis pas faite des amis’là!…

Le jour où je me suis aimé pour de vrai…

Parce qu’une fois que t’as repassé l’histoire de long en large, tu penses, pendant que le pain cuit au four, à l’abondance de tes jours…

Tu te fais un café à la cafetière Italienne. Tu te rends jusqu’à ton petit bureau dans lequel tu écrivais tes articles de Café et Bas de laine. C’est avec regret que tu y penses. C’était avant que le confinement commence… Tu entres consciemment dans l’antre de ton recueillement. Ton bureau est une église, un temple, un mont sacré… Ton Oratoire St-Joseph et ses prières répétées sur les marches de l’escalier. C’est ici que tu écris les tiennes! Que tu écrivais à chaque semaine… Tu te dis qu’il faudrait bien que tu t’y remettes… Que tu te lèves de ta paralysie scripturale. Que tu écrives d’une traite. Qu’au pire, tu reprennes les pages de ton journal. Que tu fasses comme tous les miraculés du frère André, que tu te libères de tes béquilles, ta marchette, ta canne, tout ce qui tient ton inspiration en panne. Mais bon…

Petite gorgée de café.

Tu reviens à ce qui t’entoure.

Coup d’oeil par la fenêtre pour voir si le printemps est arrivé. Le parc Molson est un emmental de fonte des neiges. Un Grand cru d’espoir qui ouvre l’appétit pour le jour à venir où tu rangeras le gros manteau d’hiver. Où l’été déambulera dans les rues de la ville suivi de toute la splendeur de son cortège. Les lilas, les pivoines, les abeilles, les BBQ, les piscines, les gazons, les arbres verts. Tout le Québec attend cet instant précis où le gros manteau d’hiver sera remisé dans le bac, la housse, le sous-sol, le fond du coffre en cèdre, le coin du garde-robe paddé de boules à mites, bref! Le plus loin possible d’une autre tempête de neige et du froid qui nous irrite. Et quand ce jour sera enfin arrivé, que l’gros manteau d’hiver, tu l’auras rangé, peu importe s’il fallait que le froid ou la tempête de neige te surprennent, les bermudas, les gougounes, la chemise hawaïenne seront tiens comme une gaine à tes reins!

Pour l’instant, même la gadoue n’a pas fait de remous.

C’est encore l’hiver…

Alors, tu reviens à ce qui t’entoure.

Debout, le regard posé à la hauteur des étagères, tu alignes les titres au dos des livres bien rangés de ta bibliothèque. Le café fume une odeur de bonheur sur un fond de parfum de de sauge et de patchouli. Tu n’as pas allumé la radio cette fois-ci. Pas envie de t’inquiéter du bilan des morts des CHSLD. Pas de bruit. Pas d’agitation. Une calme pondération.

Le silence est ta bande sonore.

La paix de ton petit bureau, ton décor.

Tu ne sais pas trop pourquoi, mais soudainement le coeur te débat. Comme si quelque chose de grand se préparait. Comme si ce quelque chose de grand, c’est «toi» qui le devenait…

Devant cette armée de soldats littéraires liés dos à dos de lettres et de mots, tu fais la lecture à voix haute de petits bouts de poème: Le choc amoureux, de Francesco Alberni, L’amour triste, de Bernard Pingaud, Le sabotage amoureux, d’Amélie Nothomb, L’amour est à la lettre «A», de Paola Calvetti… Tu constates ce que tu sais déjà: tu collectionnes les mots d’amour. Le verbe «aimer» se conjugue dans tous les genres littéraires. Traduit dans toutes les langues étrangères. Le sujet de l’amour est un paquebot de mystère sans fin. L’encre des écrivains.

Tu glisses l’index au pied de la rangée de livres sur l’étagère. Une colline de fine poussière s’amasse au bout de ton tracé. Vestige de ces heures à t’attendre. Un temps libre. Une pause. Une minute à soi loin de ces faut que et ces je dois. Assujettie au verbe devoir, faire, rendre.

Presque fiévreuse. Tu comprends que le confinement sera salutaire. Heureuse condamnée jusqu’à nouvel ordre à être encabanée entre les quatre murs de ta maison. Exquise sanction. Le verdict est rendu: tu pourras lire tous les livres que tu n’as pas lus!

Ahhh! De là l’excitation tout à l’heure ressentie! Ce sentiment inopiné de trac qui t’as surpris.

Et voilà que j’en suis émue… M’allonger près d’un auteur.e inconnu.e. L’entendre se raconter sous la couverture. Se livrer sans retenue. Aller jusqu’au bout de ses aventures. Me déshabiller le coeur à mon tour en m’offrant toute entière à lui, à elle, absorbée par son histoire, lui faisant don tantôt d’un éclat d’un rire et là, le charme d’une larme. Un amour épistolaire à sens unique. Un amour platonique.

L’auteur.e ne recevra jamais de ma part les caresses rendues: tous les passages annotés dans la marge, les mots en images que j’ai surlignés et tous les post it que j’ai collés.

Je pince entre le pouce et l’index, le dos d’un livre de ma bibliothèque qui a pour titre Le jour où je me suis aimé pour de vrai, du Dr. Serge Marquis, spécialiste de la santé communautaire et consultant en santé mentale.

Bon.

Un livre de cheminement personnel.

Quoi de mieux pour entamer ce temps de retraite, de recule, ce temps pour soi, ce temps à soi. Et puis ce n’est pas gênant. Personne pour lire les titres de nos couvertures de livres dans l’métro ou dans l’autobus. Pendant que s’active le virus, on lit tranquillement chez soi, dans le confort de son salon pour éviter la contagion. Personne pour juger le choix de notre sélection de livre. Vivre et se laisser vivre!

C’est vrai qu’un titre comme Le jour où je me suis aimé pour de vrai, ça fait looser. C’est moins pire que Comment se faire des amis (que j’ai lu à l’adolescence et que je recommande fortement!), ou 101 conseils pour agrandir son pénis à faire à la maison ou au boulot, ou 1000 lieux à visiter avant d’être exécuté par Daesh, ou pire, Bouffer un cul en toute simplicité!

C’est un livre qui parle de l’égo. Cette chose comme un oignon composée de multiples couches superposées, accumulées de nos «MOI» qui constituent nos divers processus d’identification. Qui sommes-nous vraiment lorsque se joue dans notre être une bande-dessinée dans laquelle apparaissent tout plein de super-héros et de personnages qui se croient tous plus importants les uns que les autres. Ce «TU» qui passe soudainement au «JE» qui est un autre sur le coup de l’émotion…

B’en j’ai fait l’exercice. Je suis descendue au fond de moi, quelques minutes, pas longtemps, pour me chercher, la vraie, l’essence de mon «MOI»… C’est pas comme si c’était la première fois que j’me rentrais dedans. C’est pas mon premier BBQ! C’est assez facile m’orienter. J’suis pas mal tout l’temps en mode introspection.

Sauf que là…

Y faisait noir dan’place…

Noir comme dan’cul d’un ourrr…

Avec le temps va, tout s’en va…

On s’éduque à faire du pain.

Pas que j’veux dire qu’on en apprend plus sur des sujets aussi fondamentaux que l’avancée de la fonctionnalisation d’halocyclopropanes et de la préparation des composés diazoïques semi- et non-stabilisés pour la synthèse des cyclopropanes polysubstitués… Non, non, pass’que ça, on sait TOUS que ces affaires-là sont primordiales pour la reproduction des bombyx en rut du mûrier de Chine.

C’que j’veux dire, c’est qu’au y’able Eckhart Tolle, le Pouvoir du moment présent, y s’trouve dans l’pétrissage d’un bon pain blanc!

Faire son pain, c’est retrouver le pouvoir de ses mains; l’autosuffisance de ces premiers outils paléolithiques. C’est un procédé peut-être bien anodin, mais ô combien biogénétique. Une gestuel ancestrale transmise de culture en génération, de courbature à l’industrialisation, de la nature à la prison, de la ligature à l’adoption. L’ami de la mie vit encore aujourd’hui. Une chance! Que serait le Français sans sa baguette? La mésange sans ses miettes? Les cocos trempe-bonhomme sans ses trempettes?

L’art de brasser, plier, modeler sa pâte à pain est aussi méditatif qu’une semaine passée dans un ashram en Inde, sauf que t’as pas besoin de vider ton compte de banque au nom d’une secte fuckée ou de pogner l’herpès parce qu’a fallu que tu couches avec le gourou wannabe Santa Claus qui lui a couché ‘ec toutes ses fidèles avant toi (Ouais… En confinement, j’ai regardé des séries documentaires sur Bikram et Osho… Maudite bande de malades!).

Ce n’est pas que mélanger la levure, le sel, l’eau et la farine, c’est aussi retrouver ses racines, son berceau, un modèle à sa mesure.

Yvon Deschamps le répétait souvent: «Pour sawouère ousse qu’on s’en va, faut sawouère d’ousse qu’on vient». Ça fait plus de 10 000 ans av. J-C que le pain on le pétrit. Ça en fait des croutes à manger pour rattraper le temps perdu à acheter du pain tranché carré dans des sacs en plastique faites sul’long, non-recyclables, que tu peux même pas réutiliser pour en faire un sac à vidanges. Y fit pas nulle part su’les r’bords de ta poubelle. Et que dire des deux boutes de croute aux extrémités de la miche que personne veut manger, qui finissent toujours par sécher dans le fond du sac dans un ramassis de graines de lin, de pavot, de sésame, de millet mélangé. T’sais les ceuzes qui te poussent à te poser des questions d’éthique philosophique en mangeant ta toast le matin du genre: «Est-ce un droit naturel ou une forme de positivisme juridique à la Léon Guidit, dans la fabrication du pain tranché pour les graines de vivre au crochet des tranches carrées?», «Est-ce une forme d’aide médicale à mourir, un suicide assisté pour les graines de se faire asphyxier obligé dans le fond d’un sac en plastique?», «Pourquoi détourner les graines de leur fonction primaire qui réside dans sa finalité de se faire manger en les condamnant aux travaux forcés de décorer le dessus de la miche de pain qui ne sert absolument à rien?»

Non, mais… On jase là…

Pétrir le pain, c’est d’abord remuer l’histoire de nos ancêtres. Ceux qu’on n’a pas connus. Qu’on oublie trop souvent que c’est grâce à eux que tu vis une belle vie facile aujourd’hui, dans l’abondance et l’accessibilité à tout!

On pense à la fois où ils prenaient ce que la terre voulait bien leur donner. La fois où ils se contentaient de peu. Le jour où le petit dernier venait de naître. Et que la mère après son 21ième enfant, avait survécu. Où les rires fusaient de partout dans la maisonnée. Où même le quêteux, en faisant sa tournée, vivait des jours heureux.

Il y a aussi le passé qu’on écrase en même temps qu’on plie la pâte. La colonisation, la guerre, le génocide culturel des Premières Nations, l’exploitation de la terre…

C’est en pétrissant le pain que le présent défie demain. Tu te mets à penser que tu ne manques et ne manqueras jamais de rien tant que tu sais faire du pain. Je dis ça à tort ou à raison. C’est vrai que je suis privilégiée, j’ai un travail, une belle maison, une fille en santé. Je vis une saine relation, j’aime et je suis aimée. J’ai tout ce qu’il me faut, un peu d’argent, des amies, des idéaux, du temps, de l’esprit, de l’égo… L’égo?!…

Hein?

Ah…

Je pensais que je faisais tout bonnement le compte de mes bénédictions, pas un face à face avec mon processus d’identification. Voyons donc! Ça intéresse personne. Quelle petitesse! Qu’on me pardonne…

Mais quess’tu veux, c’est quand même ici que je vous ramène aux vices cachés…

À nos conversations de rénovation!

N’oubliez pas que je dérouille lentement les touches de mon clavier, que j’active mon inspiration… Alors, voilà que j’ose transposer des haillons de pensées comme une copie brouillon partagée sur vos écrans éclairés de néons intégrés…

«Il n’y a pas d’aventure plus belle et plus dangereuse que la rénovation de l’homme moderne…»

À’c’t’heure qu’on a l’droit d’entrer dans les maisons, sur la pointe des pieds, sans rien toucher, le visage masqué, les mains bien lavées, sans bise, sans câlin, sans poignée de main, je reprends tranquillement, les ongles limés, manucurés, les touches Purelées de mon clavier.

Ça fait trois mois aujourd’hui que je ne me pointe plus au rendez-vous à 10h, les samedis. Vue les circonstances, écrire ne faisait pas d’sens. J’aurai écrit des niaiseries du genre «Tout a commencé un Vendredi 13…» Pour les amateurs d’histoires d’horreur, c’est une amorce qui part en force! Mais la suite a déboulé trop vite. Je ne trouvais pas les mots pour transposer la vie et en faire quelque chose de beau.

Nous v’là déjà rendu le 13 juin, la COVID-19 s’essouffle, le moment me semble opportun pour repartir en neuf et donner à mes écrits, un second souffle.

C’était une brève «paralysie scripturale». Une panne d’envie de partager mes histoires. Parler de soi pendant un crise sanitaire mondiale aurait été inapproprié et dérisoire. Le genre autobiographique, alors que le compte des morts est dramatique, est un choix d’auteur qui balance entre égocentrisme et altruisme. Partager ton expérience pour sortir le lecteur de sa solitude ou de ses souffrances, l’effet est noble et peut, le temps d’une lecture, faire oublier ce vilain microbe. Par contre, étaler tes prouesses quand tout le monde est en détresse, t’as affaire à dire quelque chose de b’en, b’en intéressant pour faire oublier à la mère monoparentale mise à pied temporairement, prise avec ses trois enfants, un de deux, de quatre et de sept ans; Terrible two, Fucking four et l’Âge de raison, qu’elle frôle pour toutes ces raisons, une méga grosse dépression!

Watch out le verdict!

Prépare tes répliques…

Faqu’euh… Comme j’avais rien de mieux à dire que «Ça va bien aller» avec un sourire niaiseux, le petit rire forcé, et le sempiternel arc-en-ciel peinturé à l’acrylique dans ma fenêtre du salon, j’me suis mise en hibernation.

J’ai levé l’encre de ma plume pour aller voir ailleurs si j’y suis… Comme Narcisse amoureux de son reflet sur l’eau, je me suis regardée de plus près, et j’ai trouvé ça beau!

Heill’euuuh, c’est pas comme si y’avait d’autre chose à faire que de prendre le temps en plein confinement, de faire le ménage de son intérieur. Rien de bien majeur. Époussetage des tablettes où tu rangeais tes valeurs. Affaissement du mur mitoyen qui sépare l’égo de ton âme. C’est un jour nouveau que ton coeur réclame. Réaménagement de tes priorités pour les rendre plus accessibles et efficaces. Élargissement de tes rêves: qu’ils soient possibles et plein d’audace…

Pis c’est là que j’ai trouvé quelques vices cachés…

 

Unique, comme tout l’monde…

Mais avant de parler de travaux de rénovation, je précise ici, qu’on s’enligne pas pour un Prix Nobel de littérature. Juste des p’tites conversations entre amis. Un appel à l’écriture. Des allers-retours. Des sauts dans le temps. Des p’tites mises à jour. Des parenthèses en passant…

Ceci dit, en respectant bien la règle du dix-trois-deux, je me glisserai dans votre intimité et passerai aux aveux. Oh! Rien de bien outrageux ou sensationnel. Ni d’ignominieux ou sexuel (peut-être un peu… J’suis rebelle!) Des aveux consciencieux et personnels.

J’sais b’en qu’depuis l’temps, vous avez sûrement bouchez l’trou de l’agenda de nos rendez-vous manqués. Mettons que le lectorat a beaucoup diminué. B’en oui, on a perdu des joueurs en cours de route. Qu’est-ce’tu’veux, y sont à l’extérieur sans aucun doute! C’est l’été, le soleil est là, Tequila, Heineken, pas l’temps d’niaiser, on a déconfiné, faut en profiter.

Être encabané est chose du passé!

À’part de t’ça, c’est le droit du lecteur et de la lectrice de lire ou pas ces textes chaque semaine. C’est avec coeur que je fais cet exercice. Une passion qui m’appartient. Pas un besoin. Juste un p’tit plaisir du quotidien. Un doux prétexte qu’est Café et Bas de laine pour qu’entre un splash de piscine, un pique-nique dans le parc, une fin de semaine au chalet, du camping dans une tente, je vous propose sans attente, un temps d’arrêt qui débarque de la routine si jamais elle avait le temps de s’installer dans vos horaires chargés. Sinon, on se r’trouvera quand le frette nous reconfinera.

Ô combien vous m’avez manqué…

Pas que j’ai eu le temps de m’ennuyer… Non, mais… Comme tout l’monde en confinement, j’ai regardé des séries en rafale des jours et des nuits durant. À force d’être écrasée su’mon sofa comme un verre de terre dans une craque de trottoir, j’ai vu se tordre les plis de mes vêtements sur la housse rouge du divan, créant un magma d’imprimé foncé en rayures de teinture d’usure. Puis, j’ai vidé les placards, les garde-robes, les tiroirs, j’ai fait le ménage du matin jusqu’au soir. Des poches de linges à donner. Toutes les friperies fermées. Faqu’euh rempile les sacs dans le sous-sol dans le coin du BBQ, entre le set de patio pis le parasol. De toute façon, c’est pas tu’suite qu’on allait sortir le stock d’été, anyway, y’a neigé jusqu’au 8 mai!

J’ai fait mon épicerie une fois par semaine. Semer des graines pour mon jardin de balcon. Fait l’école à la maison, avec ma fille. Cuisiner un quatre-quart au café et à la vanille. Je me suis réjouie des premières pousses de mes semis! Je leur ai donné des noms: Simone, Odette, Éva, Marion… J’ai féminisé mes plantes, j’cré ben! Aucunes d’elles portent un nom masculin.

J’ai suivi fidèlement tous les points de presse de Monsieur Legault. Me suis attendrie du Dr. Horacio. J’ai fait mes cosmétiques maison, commandé en ligne des livres des Premières Nations, des fromages et des vêtements dont j’attends toujours la livraison. J’ai remis à plus tard mes impôts. Me suis coupé les cheveux. Oublié de rêver aux voyages d’été. J’ai classé des photos de voyages des années passées pour rêver à nouveau… Puis, j’ai joué au soccer avec la Charlotte aux fraises dans le parc, tôt le matin, avec un gros ballon bleu de yoga. Je gagnais à chaque fois! Le genre que j’y laissais jamais de chance… Je crois en la persistance. La dureté du mental selon Bob, c’est toute qu’une job!

Il y a eu aussi l’aquarelle, les casse-têtes de mille morceaux, les pastels, la peinture à l’eau.  Sans oublié les sessions de création littéraire avant que nous soient fournies les trousses du Ministère.

FJ et moi avons transformé le salon en camping-cinéma chaque vendredi et samedi pendant trois mois. Pour un brin de magie. Pour jouer un peu. Pour que le souvenir de ma fille de cette pandémie-là, fasse comme dans La Vita est bella de Roberto Benigni, alors que Guido montre à son fils que la guerre est un jeu, que cette fois-ci, au lieu de gagner un char d’assaut, un vrai, on gagnera la force d’être ensemble, tous les trois, dans les hauts et les bas, heureux et en paix.

On a regarder des films d’ados ces soirs-là. Toujours le même scénario, la même saga: la belle fille populaire auprès des gars, la bully, la pas fine, celle qui fait du cheerleading pour l’équipe de football du Collège, qui ne se déplace jamais sans ses copines, son cortège. Pis y’a l’autre, intellectuelle, un peu moche, qui a des rêves et de l’ambition, mais qui pogne pas. Pour les Miss America c’est l’archétype qui provoque une vive aversion. Arrive toujours le plus beau mec de l’école qui tôt ou tard, détournera ses yeux de la belle, pour voir comme par hasard la moins jolie, la pucelle. Sans oublier les beuveries, les jeux de ping-pong dans les verres en plastique rouge, ceux qu’on cale les shooters d’affilé dès qu’on manque son coup ou qu’on perd la partie. Comme la moche est invitée au party. Qu’elle se saoule. Qu’elle fait la poule devant les invités. Le beau mec qui se trouve à la fête, qui n’a pas bu lui, (y’a right!) court à son secours pour lui éviter les ennuis. Gloire au beau mec qui sauve la moche en échange d’un p’tit bec… Ou qui s’vide la poche dans un coin de la discothèque. En autant que c’est consentant…

L’air de rien, ces romans Harlequin du cinéma américain permettaient à FJ et moi d’ouvrir une conversation philosophique d’éthique et culture sociale avec notre fille pour en tirer une leçon de morale. C’est «une situation de guidance» dirait notre travailleur social. Après, c’t’à elle les oreilles.

Pis comme tout l’monde, j’ai fait MON pain…

Une merveille!

 

 

 

Au-dessus de la mêlée

Je crains de devoir suspendre pour quelques jours, la suite de nos rendez-vous Café et Bas de laine… Paraît qu’il faille éviter les rapprochements… Et de plus, nos rencontres se perdront sans doute dans le flux des courriels de votre messagerie, d’avis de suspension de programme, d’annulation de service, de mesures de prévention ou de moyens d’aplanir la propagation de la COVID-19.

On se retrouve bientôt…

Cathia